100 chasseurs et 100 chiens, une battue hors normes près de la forêt de Nieppe

Group of scared wild boars with piglets running away on meadow in front of forest. Animals in natural habitat

Dans les plaines agricoles de Flandre intérieure, la présence du sanglier n’a cessé de progresser ces dernières années. Samedi 14 mars, dans le secteur de Caudescure, aux abords de la Forêt de Nieppe, une battue hors norme a été organisée pour tenter de contenir cette expansion. Près d’une centaine de chasseurs et autant de chiens ont été mobilisés sur plusieurs traques, dans un dispositif rarement observé à cette échelle dans la région.

Cette opération exceptionnelle répond à une problématique bien connue des territoires agricoles avec la multiplication des dégâts dans les cultures. Dans les Flandres, les sangliers trouvent aujourd’hui dans le paysage rural des conditions particulièrement favorables, entre boisements, haies, cultures intensives… et nouveaux types de cultures énergétiques qui offrent un refuge idéal. Pour les chasseurs locaux, cette journée restera comme une battue peu commune, mobilisant des équipes venues de plusieurs sociétés de chasse afin de coordonner l’effort de régulation.

Une battue d’ampleur dans un territoire agricole très ouvert

La Flandre intérieure est un territoire particulier pour la gestion du grand gibier. Contrairement aux régions forestières traditionnelles, le paysage y est largement dominé par les grandes cultures. Les massifs boisés y sont rares, et la Forêt de Nieppe constitue d’ailleurs le principal massif forestier du secteur avec plus de 2 500 hectares. Autour de cette forêt s’étend un vaste paysage agricole composé de champs de céréales, de pommes de terre ou encore de lin. C’est précisément dans cette mosaïque de cultures que les populations de sangliers se sont progressivement installées. Face à cette situation, la battue du 14 mars a nécessité une organisation importante avec des postes de tir répartis sur plusieurs secteurs, plusieurs équipes de traque coordonnées et utilisation d’un nombre conséquent de chiens pour lever les animaux dans les zones de couvert. De telles opérations sont parfois nécessaires lorsque les sangliers deviennent difficiles à déloger et que les dégâts agricoles se multiplient. Dans ces territoires très ouverts, les animaux utilisent les rares zones boisées, mais aussi certaines cultures particulièrement denses, pour se dissimuler.

Le miscanthus, une plante devenue refuge pour la faune sauvage

Parmi ces cultures, le miscanthus joue aujourd’hui un rôle inattendu dans l’écologie du sanglier. Le miscanthus, souvent surnommé aussi « herbe à éléphant », est une grande graminée vivace cultivée pour la production de biomasse énergétique. Introduite en Europe pour alimenter des chaufferies biomasse ou produire des matériaux biosourcés, cette plante peut atteindre trois à quatre mètres de hauteur. Une fois implantée, elle repousse chaque année pendant une dizaine d’années sans nécessiter de semis ni de travail du sol. Ces caractéristiques en font une culture intéressante pour l’agriculture durable, mais aussi un couvert exceptionnel pour la faune sauvage. Très dense, le miscanthus forme en effet une véritable « forêt miniature » au cœur des plaines agricoles. À l’intérieur des parcelles, la visibilité est quasi nulle et la végétation crée un abri efficace contre le vent, les dérangements et les prédateurs. Pour les sangliers, ces parcelles représentent un refuge idéal. Ils peuvent s’y dissimuler pendant la journée avant de sortir la nuit pour s’alimenter dans les cultures voisines. Avec le temps, la litière végétale qui s’accumule au pied des plants abrite également de nombreux invertébrés, ce qui peut constituer une source alimentaire supplémentaire pour la faune. Dans certaines régions agricoles, les chasseurs constatent ainsi que ces cultures deviennent de véritables « réservoirs à sangliers », compliquant les opérations de régulation.

Réguler pour protéger les cultures et préserver l’équilibre du territoire

Si ces battues spectaculaires peuvent impressionner par leur ampleur, elles répondent avant tout à un objectif précis, celui de limiter les dégâts causés par le grand gibier. Dans ce contexte, les chasseurs jouent un rôle central dans la régulation des populations. Les battues collectives permettent de maintenir une pression de chasse suffisante et de limiter la concentration des animaux dans certaines zones sensibles. Mais ces opérations s’inscrivent aussi dans un équilibre plus large. La gestion du sanglier repose sur une coopération étroite entre chasseurs, agriculteurs et autorités locales. L’objectif est double : réduire les dégâts agricoles tout en maintenant une présence raisonnable de la faune sauvage dans les territoires. La battue organisée près de la forêt de Nieppe illustre parfaitement cette réalité. Derrière l’image spectaculaire d’une centaine de chasseurs mobilisés, il s’agit avant tout d’un travail collectif pour préserver l’équilibre fragile entre agriculture, nature et activité cynégétique dans les paysages de Flandre.

Cet article est paru en premier sur CHASSONS