
Dans nos sociétés modernes, stress, anxiété et dépression touchent un nombre croissant de personnes, alors qu’on nous parle tous les jours de santé mentale. Des études récentes de l’Agence européenne pour l’environnement et de l’OMS Europe montrent que les environnements urbains bruyants et pollués contribuent à ces troubles, tandis que les interactions régulières avec la nature offrent des bénéfices tangibles. Jardiner, marcher en forêt, passer du temps près de l’eau ou participer à des activités sociales en plein air sont désormais reconnus pour réduire le stress, améliorer l’humeur et renforcer le sentiment de bien-être. Mais qu’en est-il de la chasse ? Nous pouvons nous poser sérieusement la question ? Cette pratique ancestrale, souvent perçue uniquement sous un angle polémique de loisir coupable ou de la gestion des populations animale, pourrait-elle également soutenir la santé mentale des pratiquants ? Les chasseurs passent en effet de longues périodes dans des environnements naturels, loin du bruit et de la pollution, tout en restant actifs physiquement et socialement engagés. Cette immersion dans la nature offre une opportunité unique de combiner exercice, contemplation et interaction sociale, trois piliers reconnus pour améliorer le bien-être psychologique.
Immersion en nature et réduction du stress
Les interventions basées sur la nature, ou NbS (Nature-based Solutions), montrent qu’un simple contact avec des espaces verts et bleus réduit significativement le stress et l’anxiété. La chasse, en immergeant les participants dans des forêts, des zones humides ou des paysages ouverts, offre une expérience similaire à la “bain de forêt” (forest bathing) utilisé dans certaines thérapies. Marcher silencieusement, observer la faune ou écouter les sons naturels permet de ralentir le rythme mental et de diminuer les niveaux de cortisol, l’hormone du stress. Même des sessions relativement courtes, de 20 à 90 minutes, répétées plusieurs fois par semaine, peuvent générer des effets positifs sur l’humeur et la résilience psychologique.
Activité physique et engagement significatif
La chasse n’est pas seulement contemplative : elle implique souvent de longues marches, le transport de matériel ou la surveillance d’aires de chasse, combinant activité physique et connexion avec l’environnement. Ces formes d’exercice en plein air, qualifiées de “green exercise”, sont scientifiquement reconnues pour réduire les symptômes dépressifs et anxieux. De plus, le fait de s’occuper de la gestion des habitats ou de participer à la conservation locale confère un sens de l’accomplissement et renforce l’estime de soi. L’engagement significatif dans la nature, qu’il soit physique ou cognitif, joue un rôle clé dans le bien-être mental.
Dimension sociale et sentiment d’appartenance
Au-delà de la nature et de l’activité physique, la chasse offre une dimension sociale importante. Les échanges entre chasseurs, la transmission des savoirs et la participation à des projets communs favorisent le lien social et réduisent le sentiment d’isolement, facteur majeur de détresse psychologique. Les interventions basées sur la nature montrent que les activités de groupe amplifient les bénéfices pour la santé mentale en renforçant le soutien social et la cohésion communautaire. Ainsi, la chasse peut constituer une forme naturelle et socialement enrichissante de prescription sociale, contribuant à la santé mentale tout en respectant les principes du concept One Health, qui relie santé humaine et environnement.
Alors que les villes s’agrandissent et que le stress quotidien augmente, la chasse pourrait donc apparaître comme un moyen de reconnecter les individus à la nature, de favoriser l’activité physique et de renforcer les liens sociaux. Bien qu’il reste nécessaire de réaliser des études scientifiques spécifiques sur ses effets psychologiques, les preuves issues des interventions basées sur la nature suggèrent que les bénéfices potentiels pour le bien-être mental sont réels et prometteurs. Dans un contexte de crise sanitaire mentale, repenser la chasse non seulement comme loisir ou gestion durable, mais aussi comme vecteur de santé psychologique, mérite toute notre attention.