Les expressions populaires avec des animaux qui parlent aux chasseurs … et aux pêcheurs

« chaud lapin », « froid de canard », « muet comme une carpe » … notre langue regorge d’expressions populaires qui puisent dans l’univers du gibier et du poisson. En connaissez-vous toujours bien l’origine et le sens ?

Les expression populaires avec des animaaux : le gibier à poils …

Poser un lapin : Ne pas venir à un rendez-vous. Expression de la fin du XIXe siècle dont la genèse reste mystérieuse pour tous les lettrés. On sait seulement qu’avant son sens moderne, cette formule signifiait ne pas rétribuer les faveurs d’une fille, partir sans payer. Le lapin est un animal instable et bondissant…

Être un chaud lapin : Avoir de gros besoins sexuels (pour un homme), être coureur de jupons. Cette expression paraît dériver d’une tournure plus ancienne : être chaud de la pointe (pénis). On disait aussi « chaud de la pince ». Au XIX° siècle, un lapin désignait un rude gaillard.

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Un fin limier : Personne qui sait rechercher l’information. Dans la chasse à courre, le limier (de liem, lien) est un chien tenu en longe qui sait remonter discrètement la piste odorante de l’animal recherché.

Lever un lièvre : Mettre au jour quelque chose bien caché, consituant une difficulté. Allusion au lièvre qui se gîte au sol, déguerpit sous les pas du chasseur et est difficile à stopper dans sa course.

… et celles avec le gibier à plumes

Un froid de canard : Un froid glacial. L’allusion aux canards peut donner lieu à deux interprétations : en hiver, les canards, vaille que vaille, conti- nuent de nager sans grelotter ; et les chasseurs savent bien que la chute des températures fait arriver chez nous des canards nordistes forcés à l’exil à cause du gel.

Bayer aux corneilles : Être désoeuvré, s’ennuyer. Bayer (et non bâiller) signifie garder la bouche ouverte. Pour certains linguistes, l’allusion aux corneilles viendrait du fait que les chasseurs trouvaient ce gibier si insignifiant qu’ils estimaient perdre leur temps avec lui.

De la roupie de sansonnet : Ce qui ne vaut rien. À l’origine, la roupie est la « chandelle » qui pend d’une narine ! Ce liquide n’a évidemment aucune valeur. Mais pourquoi l’associer au sansonnet (l’étourneau) ? Peut-être un jeu de mots déguisé ? De la roupie de « sens-son-nez »…

C’est un faisan : L’expression vieillie “faiseur” désigne un escroc, un individu malhonnête se livrant à des affaires louches. Le glissement vers le vocable “faisan” s’est fait vers le milieu du XIXe siècle. Peut-être par allusion à la viande faisandée, autrement dit corrompue au sens figuré du terme. Au final, cela disqualifie fort injustement un très beau gibier !

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Elle est un peu bécasse. Quelle bécassine !

Ces deux limicoles, qui font le bonheur des chasseurs, sont injustement maltraités par la langue française. Au début du xixe siècle, le Dictionnaire de l’Académie française fait déjà de la bécasse une femme sans esprit, sans argumenter sur ce point. On peut néanmoins supposer qu’un oiseau qui attend de décoller du sol sous les pas du marcheur en forêt a forgé cette réputation d’écervelée. La jeune fille qui se fait traiter de bécassine hérite des traits de caractère (brave mais étourdie et naïve) du personnage de Bécassine, une domestique bretonne créée par le dessinateur de bandes dessinées E. Pinchon, en 1905.

Les expressions populaires spéciales pour les pêcheurs

Il y a anguille sous roche : Se méfier de quelque chose caché, potentiellement louche ou dangereux. L’expression remonte sans doute au Moyen Âge. Mais une phrase du poète latin Virgile Latet anguis in herba (un serpent se cache dans l’herbe) constitue probablement la version initiale de la formule « moderne » (à noter le rapprochement linguistique entre le serpent et le poisson serpentiforme). Si l’anguille a été choisie, c’est aussi que le verbe guiller signifiait tromper par la ruse en ancien français.

Noyer le poisson : Embrouiller quelqu’un, le déstabiliser. Cette expression dérive de la technique de pêche consistant à affaiblir un poisson au bout d’une ligne, en lui maintenant alternativement la tête dans l’eau et hors de l’eau pour le ramener à soi.

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Être muet comme une carpe : Rester silencieux. La carpe, dans les eaux mal oxygénées en été, sort régulièrement la tête pour prélever de l’air à la surface en ouvrant et refermant la bouche sans bruit.

Faire des yeux de merlan frit : Avoir un regard ridicule ou niais. Quand on met un poisson à cuire, ses yeux deviennent globuleux et mats. Au XVIIIe siècle, on disait des couples amoureux qu’ils avaient “des yeux de carpe frite” (pour signifier que l’amour rend aveugle ?). Quand la carpe quitta nos tables, c’est étrangement le merlan qui la remplaça, à la fin du XIXe siècle.

Les expressions populaires et les autres animaux

Sauter du coq à l’âne : Passer d’un sujet à un autre dans une discussion. Jusqu’à la fin du XIIIe siècle, le mot ane désigne la cane (femelle du canard). L’expression moderne semble venir d’une formulation ancienne qui parlait de la saillie d’un coq avec une cane, un accouplement stupide voué à l’échec. L’accent circonflexe sur le “a” d’âne ajouté tardivement, changeant totalement le sens du mot… et de la formule.

Fier comme un pou : Fier sans raison. Au Moyen Âge, dans cette expression, il était en réalité question de poul, mâle de la poule. Fier comme un coq est parfaitement adapté : n’est-il pas le seul animal de la basse-cour heureux de chanter sur un tas de fumier ?

oeil de lynx

Avoir des yeux de lynx : Être doté d’une excellente vision. Le félin voit surtout les détails dans l’obscurité. Une autre explication pourrait venir du personnage mythologique de Lyncée. Un des Argonautes embarqués à la recherche de la Toison d’or. Le roi Lyncée avait la faculté de voir à travers les nuages, la mer, les obstacles.

Ne pas attacher son chien avec des saucisses : Être radin. Si on attache un chien avec des saucisses, il est prévisible qu’il les mangera et qu’il faudra remplacer les saucisses à chaque fois. Ce qu’une personne trop près de ses sous n’est pas disposée à faire.

Avaler des couleuvres : Subir un affront sans pouvoir protester. À une époque où la consommation des anguilles était courante, cette expression serait apparue en faisant intervenir le serpent. Considéré comme répugnant, par opposition au goûteux poisson serpentiforme. –

Être cocu : Qui se souvient que le cocu (celui qui est trompé dans une relation amoureuse) se voit comparé au coucou ? L’explication est simple… quand on la connaît : depuis le XVe siècle au moins, la femelle de cet oiseau passe pour volage !

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Une incertitude linguistique

Peigner la girafe : travailler inutilement. L’origine de cette formulation reste mystérieuse. Pourquoi “la” et pas “une” girafe ? Probablement en référence à l’animal donné au roi Charles X par le pacha d’Égypte. Arrivée au port de Marseille à l’automne 1826, cette girafe voyagea à pied jusqu’à la capitale pendant un mois et demi. Les foules se massèrent sur le trajet. La plupart des auberges où la caravane s’était arrêtée pendant la montée sur Paris prirent l’enseigne “À la girafe”. Elle passa dix-huit ans à la ménagerie du Jardin des Plantes, déplaçant des hordes de curieux (600 000 visiteurs au cours du seul été 1827 !). L’arrivée récente de pandas dans un zoo du Val de Loire n’a pas réussi à pulvériser ce record d’affluence…

Le Chasseur Français – n° 1411

Cet article est paru en premier sur LE CHASSEUR FRANCAIS