Agriculteurs vs Chasseurs : Ce qui pourrait changer pour la régulation du sanglier en Bretagne.

Dans le Finistère, la question de la régulation des sangliers cristallise de nouvelles tensions entre monde agricole et acteurs de la chasse. La Confédération paysanne réclame aujourd’hui une place pleine et entière au sein de la Commission départementale de la chasse et de la faune sauvage (CDCFS), instance pilotée par le préfet et chargée d’encadrer la gestion des espèces, dont le sanglier. Cette commission réunit traditionnellement représentants de l’État, fédérations de chasseurs, organisations agricoles majoritaires, associations environnementales et divers experts. Son rôle central est de définir les modalités de régulation, ajuster les plans de chasse, suivre les dégâts agricoles et proposer des solutions concrètes. Dans les faits, ce sont les chasseurs qui assurent l’essentiel de la régulation sur le terrain, à travers battues, affûts et actions coordonnées. Dans ce contexte, la volonté de la Confédération paysanne d’intégrer pleinement cette instance pose une question de fond : la gestion du sanglier doit-elle évoluer vers une cogestion élargie, ou rester ancrée dans le savoir-faire cynégétique ?

Une demande de représentativité qui relance le débat agricole

La Confédération paysanne dénonce une sous-représentation de certains modèles agricoles, notamment les systèmes herbagers particulièrement exposés aux dégâts de sangliers. Elle conteste la légitimité de la FDSEA à incarner seule la voix du monde agricole au sein de la commission. Derrière cette revendication, c’est une réalité bien connue qui refait surface : les dégâts agricoles liés aux sangliers augmentent, mais les visions pour y répondre divergent. Faut-il multiplier les acteurs autour de la table, au risque de complexifier la prise de décision, ou s’appuyer sur des structures déjà en place ?

Régulation du sanglier : un rôle déjà largement assuré par les chasseurs

Sur le terrain, la régulation repose avant tout sur les chasseurs, qui adaptent en permanence leurs pratiques face à l’explosion des populations de sangliers. Battues administratives, chasse à l’affût, allongement des périodes de chasse… Tous les outils existent et sont déjà largement mobilisés. Les difficultés actuelles tiennent moins à un manque d’acteurs qu’à des contraintes bien identifiées, comme la baisse du nombre de chasseurs, évolution des territoires, conditions climatiques favorables à l’espèce ou encore pratiques agricoles attractives pour le grand gibier. Dans ce contexte, élargir la gouvernance ne garantit pas une meilleure efficacité, surtout si cela dilue les responsabilités opérationnelles.

Gouvernance ou efficacité : qui doit piloter la gestion du grand gibier ?

La demande d’intégration de la Confédération paysanne pose une question stratégique : la régulation du sanglier doit-elle être pilotée par ceux qui en assument concrètement la charge ? Si le dialogue entre agriculture et chasse est indispensable, la gestion opérationnelle du grand gibier repose historiquement sur les chasseurs, seuls acteurs structurés, formés et présents sur le terrain toute l’année.

Dans un contexte d’urgence face à l’augmentation des populations, l’enjeu n’est peut-être pas de multiplier les voix, mais de renforcer les moyens et la reconnaissance de ceux qui agissent déjà sur le terrain et financent l’indemnisation des dégâts.

Cet article est paru en premier sur CHASSONS