
À lire certaines tribunes publiées sur Savoir Animal, la chasse en France relèverait d’un vaste complot mêlant État, élus, agriculteurs et chasseurs, tous ligués contre… le citoyen. Rien de moins. Derrière cette vision dramatique – presque théâtrale – se cache en réalité une mécanique bien connue : l’indignation sélective, nourrie d’approximations, d’omissions et parfois d’informations dépassées.
Le “jeu de dupes” : vraiment ?
Présenter la chasse comme un “entre-soi” opaque relève d’un raccourci commode. La gestion de la faune sauvage repose sur un équilibre complexe associant de nombreux acteurs : agriculteurs, forestiers, scientifiques, services de l’État… et oui, chasseurs. Faut-il rappeler que les chasseurs sont les premiers financeurs de cette gestion, via leurs permis et contributions ? Les fédérations départementales participent activement à l’entretien des habitats, au suivi des espèces et à la prévention des dégâts agricoles. Parler de “manne financière” publique est pour le moins exagéré : la réalité, c’est que la chasse coûte aussi beaucoup aux chasseurs eux-mêmes.
Subventions : scandale ou fantasme ?
L’argument des subventions revient comme un refrain. Pourtant, il mérite d’être nuancé. Oui, certaines aides publiques existent. Comme pour de nombreuses activités rurales ou environnementales. Mais elles correspondent à des missions d’intérêt général : régulation des espèces, entretien des milieux, actions sanitaires. Quant à l’affaire des élus régionaux accusés de s’être attribué des subventions, elle est souvent citée… sans mentionner l’essentiel : ces élus ont été blanchis par la justice. Oublier cette actualisation, c’est entretenir volontairement le soupçon. Une critique crédible ne peut pas faire l’économie des faits récents.
Le fameux “hold-up de l’eau”
L’expression est spectaculaire, mais juridiquement et financièrement discutable. La création de l’Office français de la biodiversité n’a pas consisté à “offrir” l’argent de l’eau aux chasseurs. Elle a intégré différents financements pour renforcer une politique globale de biodiversité. Les chasseurs ne sont qu’un acteur parmi d’autres, et non les bénéficiaires exclusifs du système. Les déclarations récentes du Président de la FNC lors de la dernière assemblée générale, n’attestent pas non plus d’une relation idyllique entre OFB et chasseurs.
Sécurité : un angle volontairement alarmiste
La sécurité à la chasse est un sujet sérieux. Derrière chaque accident il y a des drames humains et les chasseurs en sont pleinement conscients. Mais là encore, le tableau dressé est caricatural. Depuis plusieurs années, les règles ont été renforcées : formations obligatoires, contrôles accrus, sensibilisation permanente. Le plan gouvernemental de 2023 a bien existé, et certaines mesures sont déjà appliquées sur le terrain, contrairement à ce qui est affirmé. Suggérer que les chasseurs chercheraient à échapper à toute règle relève davantage du procès d’intention que de la réalité.
Faut-il rappeler que les accidents de chasse sont en baisse constante depuis vingt ans et que la saison 2025/2026 semble permettre de publier des statistiques sur l’accidentologie particulièrement basses.
Une vision idéologique de la ruralité
L’un des ressorts principaux de cette tribune consiste à opposer “chasseurs” et “citoyens”. Mais qui sont ces chasseurs ? Des millions de Français, souvent ruraux, parfois urbains, engagés dans une pratique encadrée et légale. Réduire la chasse à un “loisir violent” est une simplification qui évacue totalement ses dimensions culturelles, sociales et écologiques.
Démocratie : accusation grave, démonstration fragile
Parler de “déni de démocratie” est une accusation lourde. Pourtant, les décisions relatives à la chasse passent par des lois votées, des décrets, des consultations publiques. On peut contester ces choix. C’est légitime. Mais prétendre qu’ils seraient illégitimes revient à nier le fonctionnement même de l’État de droit. À ce titre, rappeler la Cour de cassation ou d’autres institutions sans en restituer fidèlement les décisions contribue davantage à brouiller le débat qu’à l’éclairer.
Ironie finale : qui instrumentalise quoi ?
Ce qui frappe dans cette tribune, ce n’est pas tant sa virulence que son paradoxe. Elle accuse les chasseurs de manipulation… tout en multipliant les raccourcis. Elle dénonce des conflits d’intérêts… en omettant des décisions de justice contraires à son propos. Elle invoque la démocratie… tout en disqualifiant une pratique pourtant légale et encadrée.
En réalité, le débat sur la chasse mérite mieux que des slogans et des procès d’intention. Il mérite des faits, de la nuance… et un peu moins de théâtre.