Pyrénées-Orientales : L’abattage de 35 cormorans déclenche une vive polémique sur la régulation de l’espèce.

Longtemps protégé et même symbole du retour de la biodiversité aquatique, le grand cormoran est aujourd’hui au cœur d’un débat de plus en plus vif. Dans de nombreuses régions françaises, et notamment dans les Pyrénées-Orientales, cet oiseau piscivore n’est plus seulement observé : il est dénoncé. Sa population, en forte expansion depuis plusieurs décennies, s’est étendue bien au-delà de ses zones historiques, colonisant rivières, lacs et plans d’eau où il était autrefois absent. Résultat : des milieux aquatiques déjà fragilisés par la sécheresse, la pollution et l’artificialisation subissent une pression supplémentaire. L’arrêté autorisant l’abattage de 35 cormorans par an jusqu’en 2029, officiellement à des fins scientifiques, intervient donc dans un contexte tendu. Et pour beaucoup d’acteurs de terrain, cette décision ressemble moins à une expérimentation qu’à une reconnaissance tardive d’un déséquilibre devenu évident. Comme d’habitudes des associations environnementales, pour lesquelles toutes les espèces ne sont pas égales face aux prédateurs, attaqueront probablement en justice cet arrêté…

Une prolifération qui ne passe plus inaperçue

Il suffit de parcourir les berges de certaines rivières ou retenues d’eau pour constater l’omniprésence du cormoran. Là où il était autrefois rare, il est désormais installé durablement, parfois en groupes importants. Cette expansion géographique et démographique pose une question simple : jusqu’où peut-on parler d’équilibre naturel ? Sur les réseaux sociaux et dans les commentaires d’articles, le constat est sans appel. De nombreux internautes évoquent une véritable saturation avec des bancs de poissons clairsemés, des zones complètement vidées, des arbres blanchis par les fientes, et une impression générale de déséquilibre écologique. Le ressenti est souvent le même : “on en voit partout”, y compris dans des secteurs où l’espèce était absente il y a encore quelques années. Derrière ces témoignages, il y a une réalité de terrain que les pêcheurs, gestionnaires de milieux et riverains observent quotidiennement. Le cormoran, en l’absence de prédateurs et dans un environnement déjà fragilisé, trouve des conditions idéales pour prospérer.

Un impact réel sur les milieux aquatiques

Le cœur du débat reste évidemment son alimentation. Un cormoran consomme plusieurs centaines de grammes de poisson par jour. Rapporté à des colonies entières et à une présence prolongée sur un même secteur, l’impact devient difficile à ignorer. Les espèces les plus vulnérables, truites, ombres brochets, anguilles, sont directement concernées. Dans certains cours d’eau, déjà affaiblis par les faibles débits ou la hausse des températures, cette prédation supplémentaire peut peser très lourd. Certains défendent encore l’idée que le cormoran n’est qu’un facteur parmi d’autres. C’est certainement vrai. Mais faut-il pour autant ignorer son rôle lorsqu’il devient visible, massif et localement concentré ? La question mérite d’être posée sans détour.  L’étude du contenu stomacal des oiseaux prélevés pourrait, enfin, apporter des données concrètes. Ironiquement, il aura donc fallu en arriver à des tirs encadrés pour tenter de mesurer ce que de nombreux observateurs dénoncent depuis des années.

 

Vers une régulation assumée ?

Ces tirs ne sont pas de la régulation mais de la recherche scientifique. Le but étant de pouvoir retrouver une situation récente avec des quotas par départements ou par bassin versant pour juguler l’impact de ce prédateur. Les réactions du public, très majoritairement favorables à une forme de régulation, traduisent un ras-le-bol grandissant. Non seulement contre l’oiseau en lui-même et ses dégâts, mais aussi contre une situation perçue comme déséquilibrée et ignorée trop longtemps.

Reste maintenant à espérer que ces prélèvements ne débouchent pas uniquement sur un rapport de plus, mais sur une prise de conscience réelle. Car si les analyses confirment ce que beaucoup pressentent déjà, il faudra sans doute aller au-delà de l’expérimentation et assumer une gestion plus pragmatique. Certains milieux aquatiques pourront ils attendre jusqu’à 2029 ?

Cet article est paru en premier sur CHASSONS