
Face à la recrudescence des dégâts de sangliers dans de nombreux territoires, la question de la régulation et de la prévention s’impose plus que jamais dans le débat public. Les Pyrénées Atlantiques n’échappent pas à cette problématique. Récemment encore, des interventions étaient nécessaires aux abords de l’aéroport de Biarritz pour limiter les risques et protéger les activités humaines. Mais au-delà des actions ponctuelles, certaines initiatives de terrain démontrent qu’une gestion collective, anticipée et structurée peut produire des résultats durables. C’est précisément le cas autour de Pau, dans la forêt domaniale de Bastard, où chasseurs, agriculteurs et acteurs forestiers collaborent depuis près de deux décennies. Chaque printemps, cette mobilisation exemplaire permet de concilier présence de la faune sauvage et protection des cultures, illustrant une approche pragmatique et responsable de la gestion du territoire.

Une mobilisation collective au service de l’équilibre rural
Dans la forêt de Bastard, véritable poumon vert prisé des habitants de l’agglomération paloise, la cohabitation entre activités humaines et faune sauvage constitue un enjeu central. Sangliers et chevreuils y trouvent un habitat favorable, mais leur présence peut rapidement générer des dégâts importants dans les cultures environnantes. Pour répondre à cette problématique, la Fédération des chasseurs des Pyrénées-Atlantiques, en partenariat avec les agriculteurs locaux et l’Office national des forêts, a mis en place une organisation collective efficace. Chaque année, une trentaine de chasseurs bénévoles et une dizaine d’agriculteurs se mobilisent concrètement sur le terrain. Cette coopération illustre parfaitement la capacité des acteurs ruraux à travailler ensemble autour d’un objectif commun : préserver à la fois l’activité agricole et l’équilibre naturel.

Des résultats concrets grâce à un dispositif éprouvé
Depuis 18 ans, un dispositif de prévention simple mais redoutablement efficace est déployé : près de 10 kilomètres de clôtures temporaires installés autour du massif forestier de 300 hectares. Mis en place dès le mois d’avril, au moment critique des semis de maïs, ce système agit comme une barrière dissuasive pour les sangliers. En parallèle, des actions complémentaires, comme l’entretien des abords ou l’agrainage dissuasif au cœur du massif, permettent de maintenir les animaux en forêt. Les résultats sont sans appel : les dégâts agricoles ont été divisés par trois, voire par quatre lors des dernières campagnes. Une performance édifiante qui démontre l’efficacité d’une stratégie basée sur l’anticipation plutôt que sur l’intervention d’urgence.
Une démarche durable et reproductible ailleurs
Au-delà de ses résultats locaux, l’initiative menée dans la forêt de Bastard constitue un véritable modèle de gestion durable. Elle repose sur des principes simples de coordination des acteurs, de connaissance du terrain et d’adaptation aux cycles agricoles. Ce type d’action préventive s’inscrit pleinement dans les attentes actuelles en matière de biodiversité et de cohabitation entre les usages. Il montre également que les chasseurs jouent un rôle central dans la régulation, la prévention et la gestion responsable de la faune sauvage. À l’heure où les tensions autour des dégâts de grand gibier peuvent être vives, cette expérience réussie rappelle qu’une approche collective, pragmatique et anticipée peut apporter des solutions concrètes et durables sur le terrain.