Dossier: Connaissez-vous la lamproie ?

Présente jadis dans tous les grands fleuves, la lamproie marine a quasi disparu en quelques décennies de certains d’entre eux comme le Rhône, et ses populations sont en chute libre sur la façade atlantique. Plus rare, la lamproie fluviatile est surtout observée sur le Rhône, la Gironde, la Loire et quelques fleuves côtiers bretons. Exploitée par les pêcheurs professionnels en fonction des décisions des tribunaux saisis régulièrement pour faire cesser sa pêche, elle est appréciée des gourmets, sa plus célèbre recette étant de la manger à la bordelaise.

TROIS ESPÈCES EN FRANCE

Il existe 41 espèces de lamproies dans le monde, dont trois dans nos eaux françaises métropolitaines. Deux d’entre elles vivent alternativement en eau douce et en eau de mer afin de réaliser leur cycle biologique complet, la troisième vit uniquement en eau douce (cf. encadré). Si elles possèdent la plupart des caractéristiques d’un poisson, elles n’en sont pas car elles ne possèdent pas de mâchoire mais un disque buccal faisant office de « ventouse ». Elles sont ainsi les seules représentantes de l’ordre très sélectif des agnathes, qui signifie littéralement « sans mâchoire ».

PARASITES DES POISSONS

La principale différence entre lamproie marine et fluviale réside dans leur taille : de 80 à 120 cm pour la première, 25 à 40 cm pour la seconde. Toutes deux s’alimentent à l’âge adulte en se fixant sur les flancs de poissons de toutes espèces grâce à leur « bouche ventouse ». Elles en sucent alors le sang en décapant les chairs grâce à leur salive anticoagulante.

Migratrices, elles se reproduisent en eau douce, les adultes remontant les cours d’eau sur plusieurs centaines de kilomètres afin de trouver le lieu idéal pour y faire un nid de forme ovale (40 cm de diamètre pour la fluviale, jusqu’à 2 m pour la marine) en utilisant leur disque buccal pour déplacer pierres et cailloux. Une fois l’accouplement et l’expulsion des ovules fécondés réalisés, les géniteurs meurent.

Les œufs vont éclore au fond du nid au bout de 10 à 15 jours.

Aux stations de comptage sur le bassin Seine-Normandie, l’espèce a connu une chute de ses effectifs de 90 % en moins de dix ans.

Lamproie marine faisant son nid dans la rivière avant d’y pondre ses œufs. Les larves resteront enfouies dans les sédiments durant 5 à 7 ans !

DES ANNÉES ENFOUIES

Les larves de quelques millimètres, appelées ammocètes, vont y rester un mois avant de s’enfoncer dans les sédiments, où elles vont y passer la majeure partie de leur vie, aveugles, s’alimentant de microparticules organiques en filtrant l’eau, durant 5 à 7 ans pour la marine, 3 à 6 ans pour la fluviale. Elles se métamorphosent ensuite avant de repartir en mer pour y vivre environ deux ans avant de retourner en eau douce pour perpétuer l’espèce.

Dragages, recalibrage des cours d’eau, pollutions, barrages… mais aussi surpêche dans certaines régions, comme tous les migrateurs, les lamproies doivent faire face à de nombreuses embûches sur la route de leur migration. Mais ce ne sont pas les seules raisons de sa raréfaction. Les scientifiques pensent que la chute des populations se fait aussi en mer.

 « On assiste depuis 2-3 ans à une chute vertigineuse des populations de lamproies marines. Sur la Loire, on est passé de plusieurs milliers d’individus observés sur les stations de contrôle à quelques dizaines. »: confirme Sébastien Grall, de l’association Seinormigr

Le scientifique n’est pas plus rassurant sur le bassin Seine-Normandie où le bilan 2024 des effectifs migrants ne comptabilise que 243 individus contre plusieurs milliers jusqu’en 2015. La lamproie n’étant plus pêchée dans la région depuis de nombreuses années, et la prédation du silure discréditée, Sébastien Grall pense « qu’il y a certainement quelque chose qui se passe en mer que l’on ignore ». Est-il trop tard pour sauver cette espèce vieille de plusieurs millions d’années ? Personne ne souhaite la voir terminer son voyage dans un cabinet de curiosités.

La lamproie de Planer : la moins menacée

La lamproie de Planer : la moins menacée

Avec ses 10 à 15 cm, cette espèce, quant à elle, se trouve uniquement en eau douce dans de nombreux ruisseaux un peu partout en France, et au contraire de ses grandes cousines, elle est relativement abondante sur les têtes de bassin. Grosse différence néanmoins, elle n’est pas parasite et ne se nourrit qu’au stade d’ammocète. Ses 8 mois de vie adulte se passent à jeun, juste le temps de se reproduire et de mourir.

Cet article est paru en premier sur LE CHASSEUR FRANCAIS