
Lors d’une récente audition devant la commission de la transition écologique du Sénat, Mathieu Lefèvre a été interrogé sur la question sensible de la cohabitation entre chasseurs et promeneurs, notamment autour de l’idée récurrente de journées sans chasse. Cette audition, marquée par un échange direct avec la sénatrice écologiste de Paris Antoinette Guhl, illustre une fois de plus la fracture persistante dans le débat public sur la chasse en France : entre postures, écologisme politique, ignorance du monde rural, perception du risque, et des faits concrets, la réalité statistique mais aussi la gestion des usages de la nature.
Sécurité : un débat qui doit s’appuyer sur des faits, pas des impressions
Au cœur de la question posée par la sénatrice, sur la base d’éléments fallacieux, la sécurité des promeneurs en période de chasse et l’éventualité de créer des “jours sans chasse”, à l’image de certains dispositifs existant en Europe. Une approche que Mathieu Lefèvre a fermement écartée, en rappelant que la tendance de long terme est à une baisse significative des accidents. Les chiffres avancés lors de l’échange illustrent cette évolution : une diminution nette des accidents mortels sur les deux dernières décennies, avec des incidents qui concernent majoritairement les pratiquants eux-mêmes. Ce constat ne vise pas à minimiser les drames, mais à replacer le débat dans une réalité objectivable. Chaque accident est un accident de trop, mais ils ne peuvent servir de base à une généralisation anxiogène sur la dangerosité globale de la pratique.
Une opposition des usages qui ne reflète pas le terrain
L’idée d’instaurer des journées sans chasse repose sur une logique simple : sécuriser les espaces naturels pour les promeneurs à certains moments définis. Mais cette vision se heurte à une réalité plus complexe : celle d’une nature partagée, où les usages se superposent déjà quotidiennement. La chasse n’est pas uniquement une activité de loisir. Elle participe à la régulation des espèces, à l’équilibre de certains milieux et à la gestion de la faune sauvage. C’est d’ailleurs l’un des points rappelés par le représentant du gouvernement : opposer systématiquement les chasseurs aux autres usagers de la nature revient à simplifier à l’excès un équilibre déjà fragile. Dans cette logique, la réponse apportée consiste à renforcer la formation, les règles de sécurité et la responsabilité des pratiquants plutôt qu’à instaurer des restrictions symboliques difficiles à appliquer sur le terrain.
Un débat révélateur des fractures politiques autour de la ruralité
L’échange entre Antoinette Guhl et Mathieu Lefèvre dépasse la seule question cynégétique. Il illustre une tension plus large entre deux visions de la nature : l’une centrée sur la séparation des usages, l’autre sur leur cohabitation encadrée. Dans cette audition, le ministre a défendu une ligne claire : améliorer la sécurité sans céder à des mesures générales déconnectées des réalités de terrain. Une position qui s’inscrit dans une évolution déjà engagée du monde de la chasse, marqué ces dernières années par un renforcement progressif des règles et des pratiques.
Pour les acteurs du terrain, cette reconnaissance institutionnelle du rôle des chasseurs dans la gestion des espaces naturels est un signal important. Elle contraste avec certaines prises de position politiques qui, selon eux, tendent à ignorer les transformations déjà à l’œuvre dans la pratique de la chasse. Ce type d’audition rappelle surtout une chose : le débat sur la chasse en France reste profondément structuré par des perceptions parfois éloignées des réalités statistiques et du fonctionnement concret des territoires. Entre impératif de sécurité, gestion de la biodiversité et partage des espaces naturels, la solution ne viendra probablement pas de mesures symboliques, mais d’une approche pragmatique, venant de personnes en connexion véritablement avec le monde rural, fondée sur la responsabilité et la connaissance du terrain.