
La nouvelle consultation publique sur le futur arrêté fixant la liste des espèces susceptibles d’occasionner des dégâts (ESOD) ravive les tensions entre le ministère de la Transition écologique et le monde cynégétique. Au cœur de la polémique figure le corbeau freux, dont le déclassement dans plusieurs départements, pourtant validé lors des travaux préparatoires, est vivement contesté par la Fédération nationale des chasseurs (FNC). Pour cette dernière, les modifications apportées au texte ne reposent plus sur les conclusions techniques établies sur le terrain, mais sur des arbitrages politiques qui remettent en cause plusieurs mois de concertation.
Un texte modifié après son passage devant le CNCFS
Le projet d’arrêté ministériel est actuellement soumis à la consultation du public jusqu’au 30 juillet. Il fixe, pour trois ans, la liste des espèces du groupe 2 pouvant être classées ESOD selon les départements, après proposition des préfets et avis des commissions départementales compétentes. Or, selon la Fédération nationale des chasseurs, le document mis en consultation ne correspond plus à celui présenté au Conseil national de la chasse et de la faune sauvage (CNCFS). Une vingtaine de classements concernant le corbeau freux auraient été retirés ou modifiés alors qu’ils avaient été validés à l’issue de l’instruction technique menée avec les différents acteurs concernés. La FNC estime qu’aucune justification scientifique n’a été apportée pour expliquer ces changements.
Le corbeau freux au cœur des inquiétudes agricoles
Pour de nombreux territoires, le corbeau freux est loin d’être un sujet anecdotique. Les dégâts sur les semis de maïs, de tournesol ou encore de céréales de printemps sont régulièrement signalés par les agriculteurs. Dans plusieurs départements, les dossiers présentés par les préfectures faisaient état de dommages récurrents répondant aux critères définis par la circulaire ministérielle. Les contributions déposées dans le cadre de la consultation publique illustrent parfaitement cette fracture. Certaines rappellent les pertes économiques importantes subies par les exploitations agricoles et demandent le maintien du classement ESOD, tandis que d’autres s’opposent à toute régulation au nom de la préservation de la biodiversité.
La FNC appelle les chasseurs à se mobiliser
Face à cette situation, la Fédération nationale des chasseurs appelle l’ensemble du monde cynégétique à participer massivement à la consultation publique. Elle demande aux chasseurs de déposer un avis défavorable au projet d’arrêté dans sa version actuelle afin de dénoncer ce qu’elle considère comme une remise en cause du travail conduit depuis plusieurs mois avec les représentants de l’État, des agriculteurs, des associations et des experts. Pour la FNC, le texte initial constituait un compromis équilibré reposant sur des données objectives recueillies localement. Son évolution de dernière minute fragilise la crédibilité de la concertation et crée un précédent inquiétant pour la gestion future de la faune sauvage.
Un débat qui dépasse le seul cas du corbeau freux
Au-delà de cette espèce, ce dossier relance une question de fond : celle de la place de l’expertise de terrain dans les décisions nationales. Les chasseurs rappellent que le classement ESOD n’est pas automatique et qu’il repose sur des critères précis définis par le Code de l’environnement, notamment lorsqu’il s’agit de prévenir des dommages importants aux activités agricoles ou de protéger certaines espèces. La consultation publique s’annonce donc décisive. Son issue pourrait peser sur la future gestion du corbeau freux dans de nombreux départements, mais aussi sur la confiance entre les pouvoirs publics et les acteurs de terrain. Pour le monde de la chasse, l’enjeu dépasse largement une simple espèce : il concerne la reconnaissance des données scientifiques, des observations locales et du rôle des chasseurs dans la gestion durable de la faune sauvage.