« Ingérence intérieure » : les régimes totalitaires en rêvaient, l’extrême centre français l’a fait


« Ingérence intérieure » : les régimes totalitaires en rêvaient, l’extrême centre français l’a fait.

Au prétexte de la lutte contre les manipulations, le rapport présenté au Sénat sur les « zones grises de l’information » est une énième tentative de s’attaquer aux fondements de la démocratie et de la liberté d’expression dans notre pays.

Assimiler une influence politique exercée par des citoyens, des médias, des partis ou des créateurs de contenu à une forme d’« ingérence intérieure » constitue un changement de paradigme majeur. Une campagne électorale a précisément pour objet de convaincre, de contester le pouvoir en place et d’influencer le vote des électeurs. C’est l’essence même de la démocratie représentative.

Les propositions évoquées dans ce rapport interrogent. Soumettre les créateurs de contenus ou de podcasts au contrôle de l’Arcom (contrôlée par l’écosystème socialiste), mettre en place des mécanismes permettant de signaler des contenus viraux en vue d’une suspension de comptes ou d’une limitation algorithmique, favoriser des médias d’État (dont on connaît l’inclinaison en faveur de la gauche, parfois radicale) sur les plateformes vidéo, ou encore créer une catégorie de contenus considérés comme des « zones grises », c’est ouvrir la voie à une appréciation administrative de ce qui serait acceptable ou non dans le débat politique.

De nombreux chercheurs rappellent pourtant que la viralité d’un contenu ne se confond pas avec son effet sur le vote. Les comportements électoraux répondent à des déterminants multiples (sociaux, économiques, culturels ou familiaux) et les effets directs des réseaux sociaux sur un changement de vote demeurent largement débattus dans la littérature scientifique.

La liberté d’expression protège les opinions qui dérangent autant que celles qui confortent le pouvoir. Elle protège aussi le droit de diffuser des analyses, des interprétations et des critiques, même lorsqu’elles sont controversées. Dans un État de droit, ce n’est pas à une autorité administrative de désigner en amont quelles opinions seraient susceptibles d’altérer la sincérité du scrutin.

La meilleure réponse à une information contestable n’est pas la censure préventive, mais le pluralisme, la contradiction et le débat contradictoire. Une démocratie solide repose sur des citoyens capables de confronter des arguments, non sur un État chargé de filtrer les opinions qu’il juge trop influentes ou néfastes.

Enfin, si l’on voulait vraiment aborder la question des ingérences intérieures, deux exemples marquants me viennent en mémoire, bien évidemment absents du rapport : la formidable campagne de unes de presse promotionnelles dont a bénéficié Emmanuel Macron en 2017 et la diffusion, par le service public, du film écologiste Home, 48 heures avant le scrutin des élections européennes de 2009.

Mais, évidemment, il y aura toujours les bonnes et les mauvaises « ingérences intérieures »… Et l’on sait à quel point la macronie agonisante, la presse officielle ou l’État socialiste sauront utiliser à leur profit ce concept totalitaire s’il venait à passer du stade de folie sénatoriale à celui de loi de la République.

PS : il est utile de se pencher sur l’orientation politique et les financements de l’étude de « Science Feedback » sur laquelle se fonde ce rapport.
Un procès en ingérence peut cacher une véritable ingérence.

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