La joie ennemie — Kaouther Adimi (Rentrée littéraire 2025)

J’ai plongé dans La joie ennemie de Kaouther Adimi, un livre de la rentrée littéraire 2025 qui explore l’Algérie à travers la mémoire, les silences et trois générations. Entre souvenirs intimes et histoire collective, ce livre m’a fait réfléchir. Je vous raconte pourquoi cette lecture mérite toute votre attention.

En arrière-plan, une carte de l'Afrique. L'Algérie est au en relief. Au premoer plan, la couverture de Kaouther Adimi, La joie ennemie
« Il n’est plus indigène, il est algérien »

Service Presse

Le point de départ du livre

En juillet 1962, dans un village proche de Sétif, le père de l’autrice est vêtu aux couleurs de l’Algérie et brandit un drapeau. « Il n’est plus indigène, il est algérien ». Il va pouvoir aller à l’école, faire des études. Mais l’Algérie n’en a pas terminé avec les soubresauts de l’Histoire.

Cinquante ans plus tard, Kaouther passe une nuit à l’institut du monde arabe qui inaugure une exposition sur la peintre Baya.

Baya peintre algérienne

Baya, de son vrai nom Fatma Haddad est née le 12 décembre 1931 à Bordj el Kiffan, près d’Alger. Elle est morte le 9 novembre 1998 à Blida. Elle est une peintre algérienne autodidacte, principalement rattachée au surréalisme et à l’art brut.

Orpheline dès son jeune âge, c’est en Kabylie qu’elle voit les femmes travailler l’argile. Il lui en reste le goût de la terre et la poterie.

Elle est recueillie par une Française et se met à peindre, apprend à lire et à écrire. Grâce aux relations de sa famille d’accueil, Aimé Maeght, la découvre et organise une exposition à Paris en 1947.

Je vous conseille aussi ce portrait de Baya sur France Culture, disponible sur YouTube : Baya, la femme qui a renouvelé l’art algérien

Portrait de Baya sur la vidéo Youtube de France Culture
Cliquez pour voir la vidéo sur Youtube

Ce que j’ai pensé du livre

Trois générations

J’ai aimé que Kaouther Adimi évoque trois générations, deux femmes et un homme. Baya, née en 1931, a dû se marier (comme seconde épouse) et peu importe qu’elle ait été soutenue par Breton, ou encore Albert Camus. Elle s’est consacrée à sa famille dans les années qui ont suivi. Ce n’est que dans les années 1960 qu’elle a recommencé à peindre.

Le père de l’autrice naît une vingtaine d’années plus tard, s’engage dans l’armée pour financer ses études, mais ses espoirs pour son pays ne se concrétisent pas. Et quand sa fille lui demande pourquoi il a choisi de ramener sa famille dans la guerre alors qu’ils vivaient à Grenoble, il répond : « Je vous offre un pays. Ici, personne, jamais, ne vous dira que vous n’êtes pas chez vous. »Deux générations, une rupture dans les attentes, et une transmission difficile.

Enfin, Kaouther, née encore une génération plus tard, poursuivra ses études et deviendra écrivaine. Elle est la première à prendre en main son destin.

Trois générations dans une époque que nous connaissons, mais que nous n’avons pas vécue de la même façon. C’est pour cela que je vous recommande ce livre. Et puis, aussi pour les années noires vécues par Kaouther.

Mémoire et années noires : entre chaos et silence

Elle n’était alors qu’une enfant, elle décrit l’angoisse des parents, l’interdiction de sortir. Mais, comme dans Houris (Kamel Daoud), les conséquences, jamais les causes, comme si l’Algérie refusait de regarder cette époque en face. Je suis surprise de ces écrits qui ne plongent pas plus en profondeur.

Kaouther Adimi a un souvenir en particulier, mais elle s’y reprend à plusieurs fois avant de nous en parler. En effet, elle commence à écrire et puis, s’arrête sur un mot : chaos. Elle cherche dans sa mémoire, ils sont en voiture (une Peugeot, non, pas du tout, lui dit son frère) et tombent sur un faux barrage (rappelez-vous, son père est militaire) et…

Elle nous en écrit suffisamment pour qu’on comprenne ce qui s’est passé et qu’une jeune enfant soit traumatisée. Ses parents ont choisi de ne pas en parler. Mais comment expliquer à des enfants cette guerre qui ne dit pas son nom, et ce n’est pas la seule chose sur laquelle la jeune femme s’interroge.

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Grand Format
Eyrolles

Numérique
Eyrolles

Thématiques abordées

  • La décennie noire en Algérie
  • Un siècle d’Histoire algérienne vue par l’autrice et sa famille
  • Travail de mémoire
  • L’identité algérienne

La plume de l’auteur

L’écriture est d’abord fluide et précise, et puis devient plus floue au fur et à mesure que des souvenirs reviennent.

« L’année 1972 marque un tournant dans la vie de mon père. Il quitte l’est du pays et les murs austères du pensionnat où il a fait toute sa scolarité. Il débarque à Alger. La capitale bouillonne. Comme partout ailleurs, c’est l’ère du disco, du funk, du glam rock mais aussi du raï et du chaâbi. »

Puis épouse le flou de la mémoire

« Dans la grande braderie de notre mémoire, nous avons conservé la peluche déchirée et renoncé à la détonation, la secousse, l’odeur de plastique brûlé qui imprègne les vêtements, les nombreux uniformes de policiers et de militaires, la mare de sang sur le sol carrelé, l’ahurissement sur les visages, oui l’ahurissement avant même les cris et la terreur. »

Mon avis en résumé

La joie ennemie de Kaouther Adimi nous rappelle que l’histoire de l’Algérie se lit aussi dans les silences et les transmissions familiales.

Ma note subjective : 4/5

Lecture assez facile

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D’autres livres sur l’Algérie

Dans ces deux livres que je vous suggère pour continuer vos lectures sur l’Algérie, vous retrouverez le silence, encore et toujours le silence.

L’art de perdre
Alice Zeniter

Une photo d'Algérie et la couverture du livre d'Alice Zeniter, L'art de perdre
Naïma ne connaît l’Algérie que grâce à Wikipédia, son père ne lui a rien raconté, rien expliqué.

Houris
Kamel Daoud

Un foulard en arrière-plan et au premier plan, la couverture du livre de Kamel Daoud, Houris
Décennie noire et condition féminine

Info-livre : La joie ennemie par Kaouther Adimi

Couverture du livre de Kaouther Adimi, La joie ennemie

Éditeur : Stock
ISBN : 978-2-234-08647-0
Pages : 256
Date de parution : 20/08/2025

Photo de Catherine Perrin

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