En lisant J’ai épousé un communiste de Philip Roth, j’ai eu le sentiment de tenir entre les mains bien plus qu’un roman : un miroir tendu aux États-Unis, à ses blessures intimes et à ses obsessions politiques. Si vous voulez comprendre ce pays au-delà des clichés, ce livre est une porte d’entrée incontournable.

Un professeur, un frère, un destin
Nathan Zuckerman tombe par hasard sur un ancien professeur d’anglais, Murray Ringold, qui a maintenant 90 ans. Bien qu’il ait été un enseignant marquant, c’est de son frère, Ira, que Nathan était proche. À l’époque, il n’était qu’un adolescent influençable.
Ira a combattu en Europe, où il a rencontré Johnny O’Day qui le convainc de devenir communiste et, à son tour, il initie Nathan aux idées marxistes. Les deux amis, Ira et Nathan, parcourent un bout de chemin ensemble, même si Ira est plus âgé que Nathan. Ce dernier finira par se détacher de lui et se trouvera un nouveau mentor à l’université.
Mais Nathan a-t-il vraiment tout su, tout compris des enjeux de l’époque ? Au long de six soirées, Murray va lui raconter la vie de son frère, Ira, et des gens qui l’entouraient.
Ce que j’en ai pensé
Dans ce roman, Philip Roth décortique une Amérique paranoïaque et il nous explique en quoi nous ne connaissons pas ce pays si bien que ça. Ce qui nous semble incroyable en 2025 n’a pas de quoi étonner les Américains.
En effet, J’ai épousé un communisme parle de trahison et de mensonges :
« Ils prennent soigneusement la mesure d’une situation, et puis d’une voix tranquille, sans se troubler, ils fabriquent le mensonge le plus rentable. »
Nous sommes bien loin de la menace d’impeachment qui a pesé sur Bill Clinton pour avoir menti à la nation, et plus proche de la déclaration de Trump sur les immigrants qui mangent les chiens.
Philip Roth désigne un antisémitisme quotidien (Eve cache ses origines juives), bien loin du soutien absolu à Israël que nous vivons de ce côté de l’Atlantique.
En le refermant, je me suis sentie submergée sous les personnages, sous l’histoire américaine, sous les multiples thèmes et sous l’écriture exigeante.
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Les thèmes
- Les États-Unis après la Deuxième Guerre mondiale
- Maccarthysme États-Unis
- Relations mère-fille
- Trahisons
- Manipulations politiques
- Antisémitisme
- Parcours initiatique
- Chutes et désillusions
Où et quand
Le roman commence après la fin de la Deuxième Guerre mondiale et continue jusqu’aux années soixante. Il couvre donc la présidence d’Harry S. Truman et de Dwight D. Eisenhower, l’époque du maccarthysme, mais aussi du théâtre radiophonique.
Faute d’assez connaître l’histoire américaine de cette période, j’ai dû avoir recours à Wikipédia pour consulter des noms de personnages réels. Henry Wallace, ancien vice-président des États-Unis de Franklin Delano Roosevelt s’est présenté à la présidentielle de 1948 comme candidat du parti progressiste, mais le soutien des communistes lui a sans doute porté préjudice. Alger Hiss a été accusé en 1948 d’être un espion soviétique, on ne sait toujours pas la vérité.
Des personnages qui prennent leur temps pour se révéler
Les personnages sont nombreux et leurs histoires se croisent.
Nathan Zuckerman, le narrateur
Sans que l’on sache comment, le jeune homme prometteur qui a rencontré Ira, est devenu un vieil homme solitaire.
Ira Ringold
Dès le début du livre, et bien que Nathan, le présente comme un homme fort, j’ai perçu ce personnage comme ambigu, ne comprenant pas qu’un communiste épouse une vedette. En réalité, comprendre qui il est est l’enjeu du roman.
Murray Ringold
Moins flamboyant que son frère, l’ancien professeur de Nathan, semble avoir mené une vie paisible d’enseignant, si ce n’est qu’il se devait de protéger Ira. A-t-il eu raison ? À vous de juger. Quoi qu’il en soit, il prend de l’ampleur au fur et à mesure de son récit. Il se pourrait que vous changiez d’avis sur lui à la fin du livre.
Johnny O’Day
Il a tout sacrifié à ses idées et à la révolution. Il vit seul dans un taudis, sans femme, maîtresse ou enfant, qu’il considère comme des attributs de la bourgeoisie.
Eve Frame
La belle actrice qu’Ira épouse et qui lui apporte une existence de nanti est à l’opposé de Johnny O’Day. Une femme intelligente, capable de comprendre ce qu’elle lit et de le restituer sur scène. Hélas, cette finesse disparaît dans la vie, en particulier avec sa fille Sylphid.
Comment est-ce écrit ?
Le narrateur s’exprime à la première personne. Murray lui raconte son histoire commune avec Ira, bien sûr. Parfois, il se fait le porte-parole d’une troisième personne. Il faut donc rester vigilant pour comprendre qui s’exprime.
De plus, Murray et Nathan ont aussi une histoire commune à travers Ira. Ils n’ont donc pas besoin d’être clairs vis-à-vis l’un de l’autre quand ils évoquent un évènement connu des deux. Il vous faut être patient jusqu’à ce que les faits s’emboitent.
Et enfin, Philip Roth est adepte des phrases et des paragraphes longs, ce qui en fait une lecture lente.
Incipit :
« Ira Ringold, avait un frère aîné, Murray, qui fut mon premier professeur d’anglais au lycée, et ce fut par lui que je me liai d’amitié avec Ira. »
Citations :
« Sa femme et ses gosses étaient partis passer l’après-midi chez ses beaux-parents ; nous voilà donc assis dans sa cuisine, à boire du soda pendant que ce petit bonhomme noueux, avec les airs supérieurs d’un voyou des rues, n’arrête pas de ricaner dédaigneusement de tout ce que dit Ira. »
« Pendant qu’elle y était, elle nommait tous les autres bolchéviques juifs affiliés à l’émission d’Ira, ça ne pouvait pas faire de mal. L’antisémitisme était l’une des sources latentes de la paranoïa qui caractérisait la guerre froide. »
Mon avis en résumé
C’est une lecture exigeante, mais elle vaut cet effort pour la leçon d’histoire. Un des livres indispensables pour mieux comprendre les États-Unis.
Ce que j’ai aimé
- Les années McCarthy
- Les personnages
- Les histoires
Mes notes
| 5,0/5 | |
| Personnages | 5,0/5 |
| Intrigue | 5,0/5 |
| Écriture | 5,0/5 |
| Moyenne | 5,0/5 |
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Info-livre : J’ai épousé un communiste par Philip Roth

Éditeur : Folio
ISBN : 2-07-030478-7
Pages : 444
Date de parution : 28/10/2003

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