Alerte rouge : projet d’éradication des ongulés sauvages en forêt domaniale

cerf et biches en forêt

Nous nous sommes procurés un rapport (délirant NDLR) rédigé par le Conseil général de l’alimentation, de l’agriculture et des espaces ruraux (CGAAER). Ce document est établi dans le cadre de l’évaluation du contrat entre l’État et l’Office national des forêts 2021-2025 et perspectives pour le contrat 2026-2030

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Nous vous livrons tout de suite l’un des passages croustillant que ce document de 129 pages contient :

  • Augmentation significative des prélèvements sur les groupes matriarcaux (biches et faons) durant plusieurs saisons, mesure couplée avec des dispositifs de suivi de la dynamique des populations ;
  • Classement temporaire et localisé des cerfs ou des chevreuils en espèces susceptibles d’occasionner des dégâts (ESOD), par arrêté préfectoral ou suppression temporaire et localisée des plans de chasse ;
  • allègement des sanctions en cas de tir hors quota, par exemple en permettant la réalisation des plans de chasse de façon «glissante» sur 3 ans. A l’instar de ce qui se fait pour le sanglier, facilitation d’obtention de bracelets supplémentaires en cours de saison et des tirs ciblés dans les zones sensibles en phase de renouvellement forestier.

Vous avez bien lu : il est préconisé de classer les cerfs ou des chevreuils en espèces susceptibles d’occasionner des dégâts (ESOD), à l’image des ragondins ou corbeaux… Et encore, alors que les tribunaux donnent de plus en plus raison aux animalistes pour protéger ces animaux qui occasionnent des dégâts, il est demandé aux préfets de laisser abattre sans contrôle les grands cervidés !

chevreuil en sous bois
Classer le chevreuil comme ESOD, du jamais vu!

 

« choc de régulation des ongulés sauvages »

Ce terme « choc de régulation des ongulés sauvages » est en permanence utilisé dans ce rapport. C’est un choc en effet car les auteurs de ce document comparent les actions à mener pour « sauver » la forêt française à celles mises en place pour endiguer l’épidémie de peste porcine en Belgique. On peut en effet lire : à court terme, l’État devra mettre en place sans délai, un ensemble d’actions «choc de régulation des ongulés sauvages » sur l’exemple des mesures mises en place en 2019 dans les « zones blanches » pour lutter contre la peste porcine africaine (PPA). Ces mesures devront s’inscrire dans une démarche globale qui inclut également la gestion des animaux abattus : découpe, transformation, distribution de la venaison ou élimination des cadavres (équarrissage)

Le but n’est plus d’abaisser les densités de populations mais bien de créer des zones blanches, vide toute présence des grands ongulés sauvages.

cer avec biche en sous bois
Attention, espèce bientôt en péril!

De nombreuses forêts concernées

Si ce plan d’éradication ne concernant qu’un secteur donné, où les animaux sont malades on pourrait le comprendre mais là ce n’est que pour relancer la filière bois ! Il faut donc visiblement agir et vite !!! mais où ? C’est très simple !

Dans un premier temps, l’ONF établira des dossiers « d’alerte » argumentés et étayés afin d’objectiver les dégâts dans les régénérations et les jeunes peuplements.

Chaque préfet établira alors un « plan d’action de crise » avec des actions à court, moyen et long termes, à réglementation constante

Ne reste plus qu’à savoir dès à présent qu’elles sont les massifs forestiers concernés, ce que nous demanderons bien sûr à l’ONF !

daim male en plaine

 

La forêt française est-elle en péril ?

En préambule à ces attaques contre la grande faune sauvage le document indique que : La crise des scolytes s’est poursuivie sur la période 2021-2025 tandis que les années 2021, 2022 et 2023 ont été particulièrement impactées par les incendies de forêts ; La production biologique brute est en baisse, à 87,9 Mm3/an sur 2014-2022 (- 4 %) ; la mortalité des arbres a doublé entre 2005-2013 (7,4 Mm3/an) et 2014-2022 (15,2 Mm3/an). En métropole, le stock de carbone s’est accru dans les arbres vivants recensables mais le puits de carbone forestier a fortement diminué ; le déséquilibre forêt-ongulés atteint 50 % des forêts domaniales. les volumes de bois commercialisés par l’ONF ont diminué, avec une plus grande proportion de bois de crise alors que les cours du bois ont connu un fort accroissement en 2021 et 2024.

houpier en sous bois

Ne craignez rien chasseurs, vous serez indemnisés !

Les auteurs de ce terrible rapport ne sont pas dupes et savent que tout ne va pas se passer sans accroc. Alors il y a un volet indemnisation pour les chasseurs. Le document mentionne en effet que : à moyen terme, «l’indemnisation temporaire» des chasseurs de la zone concernée pourrait permettre de compenser la baisse du nombre d’ongulés chassables (diminution du prix des locations des baux, abaissement des fourchettes plancher pour les années suivantes. Grands seigneurs…

 

Et mentir au grand public ?

Il faudra bien sur faire passer la pillule de cette extermination auprès du grand public. Le rapport prévoit donc que : L’État,en lien notamment avec l’ONF, devra lancer une campagne de communication « grand public » sur la situation et la gravité du déséquilibre forêt-ongulés, sur son coût et son impact sur la régénération des forêts, sur le paysage et sur la biodiversité. Cette communication pourra être étendue, en lien avec les acteurs concernés (gendarmerie, conseils départementaux, professionnels de
carrossiers…) aux risques de collision avec des véhicules motorisés des trains, et, en lien avec le ministère de la santé, aux risques sanitaires associés comme la maladie de Lyme. On attend avec impatience la réaction des associations animalistes. A moins qu’elles ne voient là l’occasion de nuire encore un peu plus à la chasse et ne laissent mourir les grands ongulés sur l’autel de leur idéologie !

harde de biche en hiver

La concertation en berne ?

Alors qu’un accord national avait été signé l’an passé entre la Fédération nationale des chasseurs et l’ONF relatif à la gestion des grands ongulés dans les forêts domaniales afin de favoriser l’équilibre forêt-gibier. Voilà qu’une nouvelle attaque contre le grand gibier revient sur le devant de la scène. Et pourquoi ? Le rapport est très clair aussi sur ce point : les situations de déséquilibre en forêt domaniale y sont de plus en plus répandues (passant de 38 % en 2019 à 50 % en 2023) et le risque « d’incapacité à maintenir un niveau d’équilibre forêt-ongulés compatible avec les enjeux de renouvellement et d’adaptation des forêts au changement climatique » est considéré par l’ONF comme un risque majeur. Des désaccords persistent sur les indicateurs alors que le contrat État-ONF 2021-2025 demande à l’ONF de consolider et de suivre un indicateur de restauration de l’équilibre sylvo- cynégétique. L’expertise technique de l’ONF est souvent contestée par les fédérations de chasseurs et, en conséquence, les demandes de l’ONF d’accroissement des plans de chasse sont souvent écartées par les préfets après concertation locale. Un accord national entre la Fédération nationale des chasseurs (FNC) et l’ONF11 a été signé en février 2024. Il permet un dialogue constructif mais reste encore peu déployé. Il est encore trop tôt pour en dresser le bilan, mais la mise en œuvre de cet accord semble insuffisamment incitative vis à vis des chasseurs au regard des efforts de prélèvement demandés .

foret avec belle lumière

Qu’est ce que le CGAAER

Le Conseil général de l’alimentation, de l’agriculture et des espaces ruraux (CGAAER) assure des missions de conseil, d’expertise, d’évaluation, de prospective, d’audit ou d’inspection contrôle, en appui à la ministre de l’Agriculture et de la Souveraineté alimentaire, dans des champs d’action tels que la souveraineté agricole et alimentaire, l’accompagnement des transitions, les politiques de formation et de recherche, l’approche « Une seule santé » (humain, animal, végétal et environnement), la gestion durable des forêts et les territoires. Ses valeurs sont : indépendance, créativité collective, haut niveau de compétences et d’expertise, sens de l’intérêt général et exigence professionnelle. Il est l’une des neuf inspections générales ministérielles ou interministérielles.

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