LOISIRS

Gioconda de Nikos Kokantzis : l’histoire vraie d’un pur premier amour

« Ceci est une histoire vraie ». Celle d’un premier amour absolu, né dans l’insouciance de l’enfance, à Thessalonique, et brisé par la violence de l’Histoire. Nikos Kokantzis raconte Gioconda, son amour de jeunesse, avec une sensualité lumineuse et une pudeur bouleversante….

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JARDINIERS

Mésanges dans votre jardin : les bons réflexes pour les voir nicher dès mars

Le ballet des couples mésanges dans les jardins annonce le retour des beaux jours printaniers mais pas uniquement. C’est aussi la saison des amours. Elles vont bientôt s’accoupler et commencent à chercher des lieux de nidification. Comment les aider au…

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RURALITE

Sécurité sociale de l’alimentation : le compte est bon ?

Entre autofinancement limité, baisse des dotations publiques et fonds privés très sollicités, la Sécurité sociale de l’alimentation se cherche un mode de financement pérenne et indépendant. Tour d’horizon des réflexions issues des différentes expérimentations.

Une enquête menée en 2025 à laquelle ont répondu une trentaine de « caisses alimentaires locales » dresse un premier bilan des dynamiques en France. Sur le volet financier, on y apprend que le budget médian d’une expérimentation est de 129 500 euros. Le budget moyen des trois caisses regroupant plus de 300 bénéficiaires s’élève, lui, à un peu moins de dix millions d’euros.

Ces budgets proviennent en moyenne à deux tiers de financements externes, dont 35 % de dotations publiques et 28 % de financements privés. L’autofinancement, issu principalement de contributions volontaires, s’établit, quant à lui, à 37 %.

Une réalité encore loin de l’objectif

Pour éviter la mainmise de l’État, comme c’est le cas aujourd’hui avec la Sécurité sociale, l’un des trois piliers de la SSA est de fonder son financement sur la cotisation individuelle. Les retours des expérimentations montrent pour l’instant une situation éloignée de cet idéal. Alexia Gros, coordinatrice Accès à l’alimentation pour tous à Réseau Civam, explique que « le type de cotisation varie selon l’expérimentation : cela va de l’absence de cotisation à des cotisations volontaires qui peuvent s’établir à partir d’échelons qui prennent en compte le revenu, le reste à vivre et la composition du foyer position du foyer. […] Cependant, les associations ont des difficultés à lever des cotisations ».

Si le niveau d’autofinancement est privilégié à l’étape de réflexion (55 % en moyenne pour les six expérimentations répondantes), il est généralement réajusté à la baisse en phase opérationnelle. L’autre enjeu est celui de la mixité sociale. Tout système social requiert des contributions nettes. Mais la difficile mobilisation de publics aisés en territoire précaire implique un déséquilibre structurel des caisses qui s’y déploient.

Il faut malgré tout se garder de porter un jugement hâtif, met en garde Nicolas Bricas, chercheur au Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement (CIRAD) : « Le dispositif de cotisation volontaire testé aujourd’hui ne nous dit rien sur le modèle économique d’une cotisation obligatoire, comme celle d’une véritable Sécurité sociale de l’alimentation. » Pour certain·es, l’autonomie financière n’est donc pas la priorité. Le système alimentaire, à l’instar de la santé, ne pourrait alors pas se priver d’un soutien public fort.

Entre soutien public aléatoire et mise en concurrence

En raison de leur caractère expérimental et pionnier, de nombreuses caisses ont recours à des financements extérieurs, à commencer par celui des collectivités territoriales. Celles-ci peuvent notamment trouver dans ces expérimentations un prolongement concret de leur projet alimentaire territorial (PAT).

Cette collaboration est bien souvent fructueuse, mais elle dépend avant tout de la volonté politique des élu·es locaux. Ces partenariats publics suscitent aussi de la méfiance quant à leurs intentions. Le soutien peut se transformer progressivement en commande institutionnelle qui entrave l’autonomie décisionnelle des expérimentateur·rices. De plus, la possibilité existe de voir une municipalité s’ingérer dans le montage et le fonctionnement d’une expérimentation pour satisfaire à des engagements électoraux.

Ces risques amènent certaines caisses à choisir l’autofinancement exclusif pour garantir leur indépendance politique. D’autres se tournent vers des fonds privés. Relativement peu nombreux à soutenir les démarches de SSA, ces mécanismes se retrouvent très sollicités, même si « ils ne sont pas là pour pallier la baisse des financements publics », avertit Alexia Gros. Les caisses alimentaires doivent alors orienter une partie de leurs ressources pour répondre à des appels à projets, pouvant aller jusqu’à 50 % du temps salarié. Elles se retrouvent alors mises en concurrence, entre elles et avec d’autres dispositifs se positionnant sur les enjeux alimentaires (aide alimentaire, épicerie solidaire…).

Le besoin de sécuriser les expérimentations

Pour réduire ce poids, le conventionnement pluriannuel d’objectifs, où le financeur fixe un cadre en contrepartie d’un soutien sur le temps long, semble une voie prometteuse. D’autres pistes sont aussi explorées, comme l’implication d’entreprises par du mécénat ou dans le cadre de leur démarche de responsabilité sociétale des entreprises (RSE), avec pour avantage de diffuser la question du droit à l’alimentation au-delà du cercle militant traditionnel.

La collecte de la plus-value commerciale pour les magasins conventionnés est par ailleurs testée à Brest. Un partenariat avec une structure mutualiste nationale a même été établi en Alsace, en mettant en avant les bénéfices sur la santé. L’avenir de ces expérimentations se joue aussi sur le plan national. En 2022, le Conseil national de l’alimentation recommandait d’expérimenter la mise en place d’une SSA pour aller vers une « démocratie alimentaire ». En février 2025, le groupe parlementaire écologiste a déposé une proposition de loi appelant à une « expérimentation vers l’instauration d’une sécurité sociale de l’alimentation ». Pour l’instant suspendue, elle apporterait un cadre et une légitimité aux initiatives, qui pourraient revenir dans le débat public avec les élections municipales.

William Guillo

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RURALITE

Sécurité sociale de l’alimentation : le compte est bon ?

Entre autofinancement limité, baisse des dotations publiques et fonds privés très sollicités, la Sécurité sociale de l’alimentation se cherche un mode de financement pérenne et indépendant. Tour d’horizon des réflexions issues des différentes expérimentations.

Une enquête menée en 2025 à laquelle ont répondu une trentaine de « caisses alimentaires locales » dresse un premier bilan des dynamiques en France. Sur le volet financier, on y apprend que le budget médian d’une expérimentation est de 129 500 euros. Le budget moyen des trois caisses regroupant plus de 300 bénéficiaires s’élève, lui, à un peu moins de dix millions d’euros.

Ces budgets proviennent en moyenne à deux tiers de financements externes, dont 35 % de dotations publiques et 28 % de financements privés. L’autofinancement, issu principalement de contributions volontaires, s’établit, quant à lui, à 37 %.

Une réalité encore loin de l’objectif

Pour éviter la mainmise de l’État, comme c’est le cas aujourd’hui avec la Sécurité sociale, l’un des trois piliers de la SSA est de fonder son financement sur la cotisation individuelle. Les retours des expérimentations montrent pour l’instant une situation éloignée de cet idéal. Alexia Gros, coordinatrice Accès à l’alimentation pour tous à Réseau Civam, explique que « le type de cotisation varie selon l’expérimentation : cela va de l’absence de cotisation à des cotisations volontaires qui peuvent s’établir à partir d’échelons qui prennent en compte le revenu, le reste à vivre et la composition du foyer position du foyer. […] Cependant, les associations ont des difficultés à lever des cotisations ».

Si le niveau d’autofinancement est privilégié à l’étape de réflexion (55 % en moyenne pour les six expérimentations répondantes), il est généralement réajusté à la baisse en phase opérationnelle. L’autre enjeu est celui de la mixité sociale. Tout système social requiert des contributions nettes. Mais la difficile mobilisation de publics aisés en territoire précaire implique un déséquilibre structurel des caisses qui s’y déploient.

Il faut malgré tout se garder de porter un jugement hâtif, met en garde Nicolas Bricas, chercheur au Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement (CIRAD) : « Le dispositif de cotisation volontaire testé aujourd’hui ne nous dit rien sur le modèle économique d’une cotisation obligatoire, comme celle d’une véritable Sécurité sociale de l’alimentation. » Pour certain·es, l’autonomie financière n’est donc pas la priorité. Le système alimentaire, à l’instar de la santé, ne pourrait alors pas se priver d’un soutien public fort.

Entre soutien public aléatoire et mise en concurrence

En raison de leur caractère expérimental et pionnier, de nombreuses caisses ont recours à des financements extérieurs, à commencer par celui des collectivités territoriales. Celles-ci peuvent notamment trouver dans ces expérimentations un prolongement concret de leur projet alimentaire territorial (PAT).

Cette collaboration est bien souvent fructueuse, mais elle dépend avant tout de la volonté politique des élu·es locaux. Ces partenariats publics suscitent aussi de la méfiance quant à leurs intentions. Le soutien peut se transformer progressivement en commande institutionnelle qui entrave l’autonomie décisionnelle des expérimentateur·rices. De plus, la possibilité existe de voir une municipalité s’ingérer dans le montage et le fonctionnement d’une expérimentation pour satisfaire à des engagements électoraux.

Ces risques amènent certaines caisses à choisir l’autofinancement exclusif pour garantir leur indépendance politique. D’autres se tournent vers des fonds privés. Relativement peu nombreux à soutenir les démarches de SSA, ces mécanismes se retrouvent très sollicités, même si « ils ne sont pas là pour pallier la baisse des financements publics », avertit Alexia Gros. Les caisses alimentaires doivent alors orienter une partie de leurs ressources pour répondre à des appels à projets, pouvant aller jusqu’à 50 % du temps salarié. Elles se retrouvent alors mises en concurrence, entre elles et avec d’autres dispositifs se positionnant sur les enjeux alimentaires (aide alimentaire, épicerie solidaire…).

Le besoin de sécuriser les expérimentations

Pour réduire ce poids, le conventionnement pluriannuel d’objectifs, où le financeur fixe un cadre en contrepartie d’un soutien sur le temps long, semble une voie prometteuse. D’autres pistes sont aussi explorées, comme l’implication d’entreprises par du mécénat ou dans le cadre de leur démarche de responsabilité sociétale des entreprises (RSE), avec pour avantage de diffuser la question du droit à l’alimentation au-delà du cercle militant traditionnel.

La collecte de la plus-value commerciale pour les magasins conventionnés est par ailleurs testée à Brest. Un partenariat avec une structure mutualiste nationale a même été établi en Alsace, en mettant en avant les bénéfices sur la santé. L’avenir de ces expérimentations se joue aussi sur le plan national. En 2022, le Conseil national de l’alimentation recommandait d’expérimenter la mise en place d’une SSA pour aller vers une « démocratie alimentaire ». En février 2025, le groupe parlementaire écologiste a déposé une proposition de loi appelant à une « expérimentation vers l’instauration d’une sécurité sociale de l’alimentation ». Pour l’instant suspendue, elle apporterait un cadre et une légitimité aux initiatives, qui pourraient revenir dans le débat public avec les élections municipales.

William Guillo

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RURALITE

Les clubs de foot fusionnent, la ruralité « perd des espaces démocratiques locaux et accessibles »

Comment l’évolution des clubs de football influence les espaces ruraux et inversement ? Dans un travail sociohistorique, Williams Nuytens, professeur d’université et Gabriel Dubois, chercheur affilié à l’Université d’Artois, creusent un sujet peu visible dans le monde académique à travers les clubs de foot amateurs de la Matheysine, en Isère.

Pourquoi avoir choisi la Matheysine pour étudier l’évolution du football dans les espaces ruraux ?

Estce que c’est un cas d’école ? Oui, c’est un territoire de moyenne montagne à la fois très proche d’une métropole (Grenoble) et enclavé, qui a surtout su se construire en « pays ». C’est-à-dire que les activités économiques et sociales se font sur son territoire. Ce qui est moins vrai désormais mais toujours présent. La Matheysine a traversé le XXe siècle en se consacrant à l’exploitation des mines de charbon.

« Le football, en France, s’est implanté dans ces régions industrielles mais aussi dans les villages ruraux à la sortie de la Première Guerre mondiale. »

C’est un bon exemple des territoires ruraux industriels qui a dû encaisser l’ensemble des contraintes politiques et économiques du libéralisme et de la mondialisation. Le football, en France, s’est implanté dans ces régions industrielles mais aussi dans les villages ruraux à la sortie de la Première Guerre mondiale. Ce qui est le cas en Matheysine où le premier club est créé en 1920 par un mutilé de guerre. Nous savions qu’il y avait eu des processus marqués de fusions et de disparition de clubs à partir des années 1990. Nous n’en savions pas beaucoup plus au départ, avant notre enquête.

Comment l’histoire des milieux ruraux se révèle-t-elle à travers l’évolution du football amateur ?

Les clubs de football sont des lieux où les travailleur·euses se rencontrent, s’associent et se confrontent sur un terrain de jeu symbolique. Ce sont des lieux populaires mais aussi trans-classes. Les clubs de football à la fois reflètent et créent des moyens d’identification et d’appartenance1. Tout en ayant une certaine autonomie, ils sont forcés de composer avec les contraintes locales, nationales et même internationales. Typiquement, en Matheysine, les premiers clubs se sont créés dans les bassins d’emplois puis se sont rapidement étendus à de plus petits villages en suivant la voie de chemin de fer.

« Des milliers de stades et de buvettes sont devenus déserts »

Cet « âge d’or » du football local coïncide avec celui de l’industrie du charbon et de la capacité de circulation après la Seconde Guerre mondiale. L’interconnexion des villages s’est alors renforcée, est devenue plus rapide. La diffusion du football et les déplacements pour les matchs se sont facilités. Le déclin puis l’arrêt des mines de charbon n’ont pas fait disparaître le football. L’industrialisation, les cultures locales, l’immigration, les fermetures d’usine, les déstructurations des groupes sociaux et des territoires, les recompositions. Tout cela est visible dans un club de football.

Comment expliquer la fusion des clubs de foot en milieu rural ?

Les causes sont vraiment multiples. Il y a un lien direct avec les disparitions des industries et des principaux bassins d’emploi. Financièrement, les clubs ont toujours vécu en partie à travers des donations privées de ces entreprises. Les pouvoirs publics, la fédération n’ont jamais été capables de compenser ces pertes. Les bénévoles ont dû redoubler d’efforts pour organiser des évènements (loto, vide-grenier, tournoi…) pour remplir les caisses.

Entre 2012 et 2019, 1 800 clubs ont disparu en métropole

En plus de cela, les subventions publiques sont devenues conditionnées. Les associations sont vues par ces pouvoirs comme des lieux d’application de politiques publiques. Dans de nombreux cas, des dossiers complexes doivent être remplis afin d’obtenir des subventions. Comme si cela ne suff isait pas, la Fédération française de football a entamé un virage professionnalisant, renforçant les normes pour les infrastructures et les exigences d’encadrement pour les clubs amateurs. Les manquements amènent à des amendes.

La fusion des clubs réduisent les espaces de sociabilités. – Archives Football Club Sud Isère

L’augmentation des mobilités quotidiennes liées au travail, aux courses ou aux services amène ensuite la plupart des habitant·es à faire des heures de voiture. En Matheysine, près de la moitié de la population active travaille dans l’aire grenobloise. Si, jusque dans les années 70-80, il était courant pour les habitant·es que les lieux de travail, de loisirs et de vie soient situés dans la même commune ou dans des communes limitrophes, ce n’est plus le cas. Associés à la montée en puissance des intercommunalités, c’est-à-dire aux pertes de pouvoir des communes, les clubs ont été contraints de fusionner. Pour répondre à toutes ces exigences, ils sont devenus des structures très professionnelles et cela n’était parfois plus tenable pour les bénévoles.

En quoi est-ce un problème ? Qu’est-ce que cela produit ?

Je me garderai d’avancer des jugements moraux. Mais cela change beaucoup de choses. Historiquement, le football s’est construit sur l’échelle des villes et villages et celle des quartiers dans les grandes métropoles. C’est une rupture nette. Au total, entre 2012 et 2 026 50 2019, en métropole, 1 800 clubs ont disparu sur un total de 13 110. Ce sont donc des milliers de clubs effacés, particulièrement dans les territoires les moins denses, des milliers de stades et de buvettes devenues désertes. Ces lieux où l’on se rencontre, se dispute, où nous vivons, où le commun et les particularités se créent et s’entretiennent.

« Une joueuse domiciliée dans un autre département fait près de 100 kilomètres (aller-retour) de routes de montagne dangereuses pour venir jouer. »

Autres points à prendre en compte, les fusions amènent la gestion de plus grosses structures. La relation avec les institutions s’est éloignée, est devenue désincarnée. C’est une gestion quasi professionnelle. En Matheysine, nous observions une nette représentation des personnes les plus diplômées, des cadres et des professions intermédiaires dans les bureaux de clubs issus de fusions. Ces classes maîtrisent mieux les savoir-faire et les attentes des institutions où la même surreprésentation se produit. Changement majeur. Les clubs de football étaient ces lieux accessibles aux classes populaires pour « produire une image sociale exportable d’eux-mêmes »2.

Cela est moins le cas. Des formes de dominations et de marginalisation se reproduisent. Enfin, si la qualité de l’encadrement s’est professionnalisée, les adhérent·es et bénévoles se voient contraint·es de se déplacer sur plusieurs dizaines de kilomètres parfois. Les pratiquant·es d’un club étudié provenaient de 54 communes différentes. Une joueuse domiciliée dans un autre département fait près de 100 kilomètres (aller-retour) de routes de montagne dangereuses pour venir jouer. La pratique se voit conditionnée à la capacité matérielle de se déplacer, même si la solidarité prend le relais autant qu’elle le peut avec des covoiturages.

Des initiatives pour sauver les clubs ruraux « C’est beau de voir un club se créer dans une période où la plupart meurent », s’enthousiasme Enzo Togni dans le journal l’Equipe. Avec des amis il a fondé en 2024 le FC savérien, premier club de l’histoire de La Sauvetat-de-Savères, bourg de 482 âmes du Lot-et-Garonne. Parti de zéro, le club ne joue qu’à l’extérieur, faute de stade, mais a tout misé sur une communication et des maillots travaillés, vendus à 350 unités. Comme lui, des élus·es et citoyen·nes tentent de raviver ces espaces de sport et d’échange très appréciés par les jeunes en ruralité. Des démarches encore compliquées, tant les budgets et résultats sont compliqués à trouver.

Pouvez-vous expliquer la notion d’« autochtonie » ?

Nous étions partis des analyses de Nicolas Rénahy sur le « capital autochtonie ». C’est-à-dire tous les avantages (matériels, symboliques…) que l’appartenance à un territoire et à des cercles sociaux localisés peut procurer. On a observé que les rares clubs qui ont pu conserver une échelle communale mettent en avant cette histoire pour se démarquer. Dans ces clubs, les dirigeant·es sont très majoritairement des ouvrier·es et des employé·es. Les épopées sportives, les figures du club, les images de la commune sont mises en lumière. En revanche, les clubs issus de fusion rencontrent plus de difficultés à piocher dans les histoires communales. Les clubs se concentrent sur des symboles un peu plus « communs » et moins clivants mais restent, pour les cas étudiés, ancrés dans un territoire. Pour ce cas, nous parlions « d’autochtonie fluidifiée ».

Comment permettre au football en milieu rural de « rester vivant et vécu » ?

Je crains que l’idée de « patrimoine » et de « sauvegarde » amène une volonté de « figer », « définir », « simplifier » et donc désincarner et exclure. L’essentiel me semble plutôt de garantir, de manière désintéressée, l’égalité, pour tous·tes les habitant ·es, d’accéder à la pratique et aux pouvoirs locaux (dont le club de football fait partie). C’est cela qui est mis en difficulté. Or, il me semble que plus le football et ses clubs seront des espaces démocratiques enracinés et accessibles, plus un territoire sera robuste.

1 | Avanza, M. et Laferté, G. « Dépasser la “ construction des identités ” ? Identification, image sociale, appartenance ». Revue Genèses, 2005.

2 | Chamboredon Jean-Claude. Une sociologie de la petite enfance. Espaces Temps. 1985

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RURALITE

Les clubs de foot fusionnent, la ruralité « perd des espaces démocratiques locaux et accessibles »

Comment l’évolution des clubs de football influence les espaces ruraux et inversement ? Dans un travail sociohistorique, Williams Nuytens, professeur d’université et Gabriel Dubois, chercheur affilié à l’Université d’Artois, creusent un sujet peu visible dans le monde académique à travers les clubs de foot amateurs de la Matheysine, en Isère.

Pourquoi avoir choisi la Matheysine pour étudier l’évolution du football dans les espaces ruraux ?

Estce que c’est un cas d’école ? Oui, c’est un territoire de moyenne montagne à la fois très proche d’une métropole (Grenoble) et enclavé, qui a surtout su se construire en « pays ». C’est-à-dire que les activités économiques et sociales se font sur son territoire. Ce qui est moins vrai désormais mais toujours présent. La Matheysine a traversé le XXe siècle en se consacrant à l’exploitation des mines de charbon.

« Le football, en France, s’est implanté dans ces régions industrielles mais aussi dans les villages ruraux à la sortie de la Première Guerre mondiale. »

C’est un bon exemple des territoires ruraux industriels qui a dû encaisser l’ensemble des contraintes politiques et économiques du libéralisme et de la mondialisation. Le football, en France, s’est implanté dans ces régions industrielles mais aussi dans les villages ruraux à la sortie de la Première Guerre mondiale. Ce qui est le cas en Matheysine où le premier club est créé en 1920 par un mutilé de guerre. Nous savions qu’il y avait eu des processus marqués de fusions et de disparition de clubs à partir des années 1990. Nous n’en savions pas beaucoup plus au départ, avant notre enquête.

Comment l’histoire des milieux ruraux se révèle-t-elle à travers l’évolution du football amateur ?

Les clubs de football sont des lieux où les travailleur·euses se rencontrent, s’associent et se confrontent sur un terrain de jeu symbolique. Ce sont des lieux populaires mais aussi trans-classes. Les clubs de football à la fois reflètent et créent des moyens d’identification et d’appartenance1. Tout en ayant une certaine autonomie, ils sont forcés de composer avec les contraintes locales, nationales et même internationales. Typiquement, en Matheysine, les premiers clubs se sont créés dans les bassins d’emplois puis se sont rapidement étendus à de plus petits villages en suivant la voie de chemin de fer.

« Des milliers de stades et de buvettes sont devenus déserts »

Cet « âge d’or » du football local coïncide avec celui de l’industrie du charbon et de la capacité de circulation après la Seconde Guerre mondiale. L’interconnexion des villages s’est alors renforcée, est devenue plus rapide. La diffusion du football et les déplacements pour les matchs se sont facilités. Le déclin puis l’arrêt des mines de charbon n’ont pas fait disparaître le football. L’industrialisation, les cultures locales, l’immigration, les fermetures d’usine, les déstructurations des groupes sociaux et des territoires, les recompositions. Tout cela est visible dans un club de football.

Comment expliquer la fusion des clubs de foot en milieu rural ?

Les causes sont vraiment multiples. Il y a un lien direct avec les disparitions des industries et des principaux bassins d’emploi. Financièrement, les clubs ont toujours vécu en partie à travers des donations privées de ces entreprises. Les pouvoirs publics, la fédération n’ont jamais été capables de compenser ces pertes. Les bénévoles ont dû redoubler d’efforts pour organiser des évènements (loto, vide-grenier, tournoi…) pour remplir les caisses.

Entre 2012 et 2019, 1 800 clubs ont disparu en métropole

En plus de cela, les subventions publiques sont devenues conditionnées. Les associations sont vues par ces pouvoirs comme des lieux d’application de politiques publiques. Dans de nombreux cas, des dossiers complexes doivent être remplis afin d’obtenir des subventions. Comme si cela ne suff isait pas, la Fédération française de football a entamé un virage professionnalisant, renforçant les normes pour les infrastructures et les exigences d’encadrement pour les clubs amateurs. Les manquements amènent à des amendes.

La fusion des clubs réduisent les espaces de sociabilités. – Archives Football Club Sud Isère

L’augmentation des mobilités quotidiennes liées au travail, aux courses ou aux services amène ensuite la plupart des habitant·es à faire des heures de voiture. En Matheysine, près de la moitié de la population active travaille dans l’aire grenobloise. Si, jusque dans les années 70-80, il était courant pour les habitant·es que les lieux de travail, de loisirs et de vie soient situés dans la même commune ou dans des communes limitrophes, ce n’est plus le cas. Associés à la montée en puissance des intercommunalités, c’est-à-dire aux pertes de pouvoir des communes, les clubs ont été contraints de fusionner. Pour répondre à toutes ces exigences, ils sont devenus des structures très professionnelles et cela n’était parfois plus tenable pour les bénévoles.

En quoi est-ce un problème ? Qu’est-ce que cela produit ?

Je me garderai d’avancer des jugements moraux. Mais cela change beaucoup de choses. Historiquement, le football s’est construit sur l’échelle des villes et villages et celle des quartiers dans les grandes métropoles. C’est une rupture nette. Au total, entre 2012 et 2 026 50 2019, en métropole, 1 800 clubs ont disparu sur un total de 13 110. Ce sont donc des milliers de clubs effacés, particulièrement dans les territoires les moins denses, des milliers de stades et de buvettes devenues désertes. Ces lieux où l’on se rencontre, se dispute, où nous vivons, où le commun et les particularités se créent et s’entretiennent.

« Une joueuse domiciliée dans un autre département fait près de 100 kilomètres (aller-retour) de routes de montagne dangereuses pour venir jouer. »

Autres points à prendre en compte, les fusions amènent la gestion de plus grosses structures. La relation avec les institutions s’est éloignée, est devenue désincarnée. C’est une gestion quasi professionnelle. En Matheysine, nous observions une nette représentation des personnes les plus diplômées, des cadres et des professions intermédiaires dans les bureaux de clubs issus de fusions. Ces classes maîtrisent mieux les savoir-faire et les attentes des institutions où la même surreprésentation se produit. Changement majeur. Les clubs de football étaient ces lieux accessibles aux classes populaires pour « produire une image sociale exportable d’eux-mêmes »2.

Cela est moins le cas. Des formes de dominations et de marginalisation se reproduisent. Enfin, si la qualité de l’encadrement s’est professionnalisée, les adhérent·es et bénévoles se voient contraint·es de se déplacer sur plusieurs dizaines de kilomètres parfois. Les pratiquant·es d’un club étudié provenaient de 54 communes différentes. Une joueuse domiciliée dans un autre département fait près de 100 kilomètres (aller-retour) de routes de montagne dangereuses pour venir jouer. La pratique se voit conditionnée à la capacité matérielle de se déplacer, même si la solidarité prend le relais autant qu’elle le peut avec des covoiturages.

Des initiatives pour sauver les clubs ruraux « C’est beau de voir un club se créer dans une période où la plupart meurent », s’enthousiasme Enzo Togni dans le journal l’Equipe. Avec des amis il a fondé en 2024 le FC savérien, premier club de l’histoire de La Sauvetat-de-Savères, bourg de 482 âmes du Lot-et-Garonne. Parti de zéro, le club ne joue qu’à l’extérieur, faute de stade, mais a tout misé sur une communication et des maillots travaillés, vendus à 350 unités. Comme lui, des élus·es et citoyen·nes tentent de raviver ces espaces de sport et d’échange très appréciés par les jeunes en ruralité. Des démarches encore compliquées, tant les budgets et résultats sont compliqués à trouver.

Pouvez-vous expliquer la notion d’« autochtonie » ?

Nous étions partis des analyses de Nicolas Rénahy sur le « capital autochtonie ». C’est-à-dire tous les avantages (matériels, symboliques…) que l’appartenance à un territoire et à des cercles sociaux localisés peut procurer. On a observé que les rares clubs qui ont pu conserver une échelle communale mettent en avant cette histoire pour se démarquer. Dans ces clubs, les dirigeant·es sont très majoritairement des ouvrier·es et des employé·es. Les épopées sportives, les figures du club, les images de la commune sont mises en lumière. En revanche, les clubs issus de fusion rencontrent plus de difficultés à piocher dans les histoires communales. Les clubs se concentrent sur des symboles un peu plus « communs » et moins clivants mais restent, pour les cas étudiés, ancrés dans un territoire. Pour ce cas, nous parlions « d’autochtonie fluidifiée ».

Comment permettre au football en milieu rural de « rester vivant et vécu » ?

Je crains que l’idée de « patrimoine » et de « sauvegarde » amène une volonté de « figer », « définir », « simplifier » et donc désincarner et exclure. L’essentiel me semble plutôt de garantir, de manière désintéressée, l’égalité, pour tous·tes les habitant ·es, d’accéder à la pratique et aux pouvoirs locaux (dont le club de football fait partie). C’est cela qui est mis en difficulté. Or, il me semble que plus le football et ses clubs seront des espaces démocratiques enracinés et accessibles, plus un territoire sera robuste.

1 | Avanza, M. et Laferté, G. « Dépasser la “ construction des identités ” ? Identification, image sociale, appartenance ». Revue Genèses, 2005.

2 | Chamboredon Jean-Claude. Une sociologie de la petite enfance. Espaces Temps. 1985

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AGRICULTEURS

Est-ce normal d’avoir l’impression d’empoisonner ses enfants en les nourrissant ?

« Chaud devant ». Les révélations sur les multiples sources de pollution dans les aliments entretiennent le stress parental. La sociologue Anne Dupuy décortique la complexité croissante du « travail nourricier » des parents, et la charge mentale qui va avec.

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