Cent soixante-treize ans déjà nous séparent de la création, en 1852 donc, par deux hommes, Horace Smith et Daniel B. Wesson, de la Volcanic Repeating Arms Company, installée dans un premier temps à Norwich dans le Connecticut, puis à Springfield dans le Massachusetts. C’est en 1854 que les deux visionnaires inventèrent une arme pour le moins révolutionnaire: le pistolet à répétition Volcanic repeating gun. L’arme avait alors la particularité d’emporter ses munitions (la cartouche « Volcanic» développée pour le pistolet) dans un tube magasin et de pouvoir être réarmée par… un levier de sous-garde !
Notre carabine modèle 1854 est ainsi une extrapolation de l’idée de base de Smith et Wesson.
L’entreprise perdura au gré des avancées techniques et des investisseurs successifs, parmi lesquels un certain Oliver Winchester! Les pionniers de l’histoire armurière avaient, semble-t-il, prévu d’écrire celle-ci ensemble!
Boîtier, réarmement, sûreté: style «old school» et précision moderne
Dès la prise en main, la souplesse et la rigueur de fonctionnement sont remarquables. Régulièrement, ce type d’arme pousse l’adage selon lequel « le jeu serait l’art de la mécanique» un peu trop loin, rendant les pièces, et notamment le levier de réarmement, exagérément libres. Notre 1854 n’est cependant pas concernée par ce genre de travers! Les ajustements autour du boîtier en acier anodisé «argent mat » sont excellents, réduisant autant que possible les indispensables jeux fonctionnels. Le débattement relativement faible du levier induit par l’utilisation de la courte cartouche de .44 Magnum permet d’enchaîner les coups avec une facilité déconcertante.
Les carabines à réarmement linéaire dites «ultra-rapides» n’ont qu’à bien se tenir!
Vous approvisionnez le magasin tubulaire, d’une capacité de 9 munitions (+1 dans la chambre), de manière classique par la fenêtre latérale située à droite du boîtier, au niveau de la fenêtre d’éjection. Lors du déchargement, il n’est en revanche pas nécessaire d’actionner le mécanisme pour éjecter les munitions une à une, puisque vous pouvez déverrouiller le tube en un quart de tour grâce à une molette située à son extrémité, un avantage pratique loin d’être négligeable. Par ailleurs, cette arme se distingue par un très haut niveau de sécurité, notamment pour les chasseurs évoluant dans des biotopes denses et escarpés ou pour les traqueurs de grand gibier : vous pouvez placer le chien en position armée ou rabattue, tandis qu’un poussoir latéral empêche toute action de celui‑ci sur le percuteur.
La sécurité, y compris avec une cartouche chambrée, est ainsi totale. Le mécanisme de percussion est commandé par une queue de détente au profil droit, comme on peut retrouver sur les armes «custom » très en vogue aux États-Unis. Le concept, de prime abord déroutant visuellement, s’avère très agréable à l’usage, d’autant plus que les départs sont parfaitement nets: une réussite!
Les inserts M-lock permettent le montage d’accessoires correspondant au standard.
Canon, interfaces de visée: surprenants de précision
Le canon, également anodisé « argent mat», ne mesure pas moins de 21 mm à la bouche. Sa relative épaisseur associée à ses huit rayures pratiquées selon le pas de 1 tour pour 20 pouces lui confèrent une précision et une régularité remarquables.Côté visée, si vous êtes adepte de systèmes classiques, l’œilleton «ghost ring» et le guidon couleur laiton vous satisferont pleinement, particulièrement en tir statique, l’aisance du dispositif à suivre une cible mobile n’étant pas son meilleur atout. Le rail Picatinny vissé au boîtier sur des filetages pratiqués au standard Marlin 1894 rend possible le montage d’un appareil optique. La lunette de battue Leupold VX-5 1-4×24 équipant notre arme de test nous est apparue comme un compromis idéal permettant un usage à la chasse (en battue mais également sur des tirs appliqués à plus de 100 m) et en tir sportif (notamment sur des silhouettes métalliques et des gongs).
La firme du Massachusetts semble avoir mis un point d’honneur à proposer un canon d’excellente qualité, domaine dans lequel la concurrence, certes moins onéreuse, est à la peine.
L’extrémité du canon est pourvue d’un filetage autorisant le montage d’un modérateur de son; ce dernier est effectué selon un standard pour le moins exotique de 11/16×24, réduisant le choix de modérateurs sans utiliser d’adaptateur. Le distributeur Sidam résout la problématique en proposant un superbe modèle de chez Nielsen Sonic: le Paradox 40 Fritz. Accordé à l’arme en matière de couleur, il offre un bon niveau d’atténuation, pour un tarif tout à fait cohérent de 290 €: nous aurions tort de nous en priver!
L’alimentation s’opère par la fenêtre latéral et le déchargement par le tube magasin déverrouillable en un quart de tour. Pas moins de dix munitions sont embarqué dans la carabine.
Crosse et garde-main: adhérence et confort
Sans être gênants, les 34 cm de cette dernière auraient mérité 1,5 ou 2 cm supplémentaires afin d’apporter un plus grand confort d’épaulement. Cela étant, la physionomie globale ainsi que le matériau polymère de haute qualité font oublier ce léger désagrément. Une plaque de couche en caoutchouc souple amortit le recul déja très prévenant du 44 Mag alors que la surface de la poignée dispose d’un revêtement très adhérent, rendant la perte de contrôle impossible, y compris sous la pluie!
La tendance des firmes américaines à monter des crosses assez courtes est respectée sur notre Smith & Wesson…
Le garde-main, pourvu du même revêtement, se voit affubler de trois inserts M-Lock permettant le montage d’accessoires selon ce standard. Classique et moderne à la fois, dans la droite ligne de la politique de conception de cette 1854.
Essai S&W 1854, cal. 44
Au stand
Cette 1854 se trouve être particulièrement attachante! Compacte, atypique, jouissant d’un fonctionnement sans faille, elle semble être le vecteur idéal de l’excellent.44 Magnum. A 100 m, après deux munitions de réglage, les cinq premières balles tirées se sont touchées, pour ne former qu’un trou en cible! Nous sommes loin de l’aspect «folklorique » que nombre d’entre nous veulent donner à ce type d’armes!
Attention au coup de foudre!
Munition Hornady Lever Evolution 225 grains, à 100 m.
Quant à l’usage parfois polémique du calibre .44 Magnum à la chasse… le terrain force à constater que les utilisateurs réguliers ne changeraient pour rien au monde! Pour nos essais, nous avons utilisé la munition Hornady Lever Evolution, qui propulse la balle FTX de 225 gr à plus de 540 m/s et dont la structure vise entièrement à transmettre un maximum d’énergie à l’animal. Ainsi, elle restitue la totalité de ses 2 000 joules, là où un calibre standard, pourtant crédité de 1 000 joules supplémentaires, n’en transmet qu’environ 70 % au gibier. La puissance n’est qu’une donnée, la faculté du projectile à la transmettre fait toute la différence!
Vous l’aurez compris, cette 1854 est un coup de cœur!
Fiche technique
- Distributeur/fabricant: Sidam/ Smith & Wesson, États-Unis
- Variantes: bois; calibre .45 Colt
- Calibre/longueur de canon (totale)/visée: 44 Remington Magnum/48,9 cm (91,4 cm)/ rail Picatinny d’origine vissé au boitier; guidon laiton sur support acier œilleton ghost ring »
- Poids: 3,082 kg (vérifié) nue
- Système: réarmement à levier de sous-garde
- Crosse: composite noir
- Capacité: 9+1
- Tarif constaté: 2070 € (variante bois 2461 €)
Cet article est paru en premier sur LE CHASSEUR FRANCAIS