
Ce dimanche 29 mars, plusieurs associations opposées à la bâche installée en forêt de Dreux se sont réunies le long du GR22 pour réclamer son retrait définitif. Une mobilisation de plus dans un feuilleton qui dure depuis plusieurs semaines et qui semble désormais prendre une tournure autant militante que symbolique. Car derrière cette contestation, largement relayée et amplifiée, une question mérite d’être reposée simplement : de quoi parle-t-on vraiment ? D’un dispositif technique temporaire destiné à sécuriser une zone périurbaine… ou d’un fantasme collectif autour de la chasse à courre ?
Une mobilisation récente qui relance une polémique déjà bien installée
Le rassemblement organisé en forêt de Dreux marque une nouvelle étape dans l’opposition à cette bâche géante installée entre Abondant et Saint-Georges-Motel. Les associations présentes affirment désormais attendre une décision prochaine, évoquant une réunion à venir entre l’équipage de vénerie Piq’Hardi et l’Office national des forêts (ONF). Pour elles, le retrait ne fait guère de doute. Mais cette mobilisation s’inscrit dans une dynamique plus large avec pétitions massives, relais médiatiques nationaux et actions de terrain répétées. Au fil des semaines, la bâche est ainsi devenue un point de fixation, dépassant largement son rôle initial pour incarner une opposition plus globale à la chasse à courre.
Un dispositif mal compris, conçu avant tout pour éviter les accidents
Dans le débat public, un élément essentiel est souvent relégué au second plan : la raison même de l’installation de cette bâche. Contrairement à certaines affirmations, il ne s’agit ni d’un piège ni d’un outil destiné à “bloquer” les animaux. L’objectif est bien différent. C’est avant tout d’éviter que des cervidés poursuivis ne débouchent dans des zones habitées ou sur des axes routiers. Dans un secteur où forêt et habitations se côtoient directement, ce type de situation représente un risque réel de collisions routières, d’intrusion d’animaux dans des propriétés et la mise en danger des riverains comme des animaux. La bâche agit donc comme un dispositif de canalisation temporaire, souple et non blessant, utilisé seulement lors de journées de chasse spécifiques. Autrement dit, on est ici dans une logique de gestion du risque, et non dans une transformation du milieu naturel.
Une controverse révélatrice d’un débat plus large sur la forêt
Si une simple installation expérimentale suscite un tel niveau de réaction, c’est qu’elle touche à quelque chose de plus profond. La forêt de Dreux, comme beaucoup d’autres espaces aujourd’hui, est au croisement de plusieurs attentes, un lieu de nature perçu comme sanctuarisé, un espace de loisirs ouvert à tous et un territoire de pratiques traditionnelles, dont la chasse. Dans ce contexte, chaque aménagement, même ponctuel, devient sujet à controverse. La bâche n’est donc pas seulement un objet physique : elle est devenue un symbole, celui d’un débat où se mêlent émotion, méconnaissance et opposition de principes. La mobilisation du 29 mars aura au moins eu le mérite de remettre le sujet sur le devant de la scène. Mais elle illustre aussi un décalage croissant entre la réalité des dispositifs de terrain et la perception qu’en a une partie du public. Car au fond, la question reste entière : peut-on encore expérimenter des solutions pragmatiques pour sécuriser les espaces périurbains… sans déclencher une polémique nationale ?
Dans le cas de la forêt de Dreux, la réponse semble, pour l’instant, clairement non.