Grand tétras et lagopède alpin : une décision politique incompréhensible selon la FNC

 

Le retrait du Grand Tétras et du Lagopède alpin de la liste des espèces chassables par la ministre Monique Barbut marque un tournant préoccupant dans la politique environnementale française. Cette décision brutale, prise sans concertation avec les acteurs de terrain, qui rompt avec la gestion adaptative, principe pourtant central jusqu’à présent. Ces deux espèces faisaient déjà l’objet de moratoires stricts, encadrés notamment à la suite de décisions du Conseil d’État. Concrètement, cela signifiait qu’elles n’étaient plus chassées, précisément pour permettre l’observation scientifique, l’évaluation des populations et l’ajustement des politiques de conservation. Supprimer leur statut d’espèces chassables revient donc à transformer un outil de gestion souple en interdiction définitive, sans nouvel élément scientifique majeur. Une bascule qui interroge : pourquoi figer une situation qui nécessitait justement adaptation et réversibilité ?

Des chasseurs déjà engagés dans la protection concrète des espèces

Contrairement à certaines idées reçues, les chasseurs n’ont pas attendu cette décision pour agir. Sur le terrain, ils ont même été parmi les premiers à prendre des mesures fortes pour préserver le grand tétras et le lagopède alpin. Parmi les actions concrètes menées ces dernières années figurent la suspension volontaire des prélèvements et ceci bien avant certaines injonctions réglementaires, de nombreuses fédérations avaient déjà cessé toute chasse sur ces espèces. Autres actions, des suivis scientifiques rigoureux ont été menés, avec comptages printaniers, suivi des places de chant, pose de balises et collecte de données en collaboration avec des experts naturalistes. On pourra aussi lister la restauration des habitats qui a aussi été entreprise avec des travaux de réouverture de milieux forestiers pour le Grand Tétras, le maintien de zones de quiétude en altitude pour le Lagopède. Enfin, la lutte contre les dérangements, avec pose de balisage de zones sensibles, sensibilisation des randonneurs et limitation des activités humaines en périodes critiques a aussi été effectué. Là où ceci était autorisé, la gestion des prédateurs pour limiter la pression sur les nichées a aussi été précieuse Ces actions, souvent bénévoles et financées en grande partie par le monde cynégétique, illustrent une réalité de terrain trop souvent ignorée : les chasseurs sont aussi des gestionnaires actifs de la biodiversité.

Une réalité écologique plus complexe que les postures idéologiques

L’un des points les plus préoccupants reste l’évolution des populations, notamment celle du grand tétras dans certains massifs comme les Vosges. Malgré l’arrêt de la chasse depuis plusieurs années, les effectifs continuent de chuter. Ce constat met en lumière une vérité parfois dérangeante : l’absence de chasse ne garantit pas la survie d’une espèce. Les causes du déclin sont multiples avec la fragmentation des habitats, le dérangement touristique croissant, le changement climatique, la pression de certains prédateurs et la perte de mosaïques écologiques favorables. Dans ce contexte, la gestion adaptative permettait justement de garder une approche pragmatique, basée sur les données et l’évolution des populations. En supprimant cette possibilité, la décision politique risque de figer les outils disponibles, au détriment d’une gestion fine et réactive.

Comme l’a souligné Willy Schraen, cette orientation semble davantage répondre à une logique symbolique qu’à une nécessité écologique démontrée. « Je n’y vois que de l’entre-soi et la volonté de faire un geste envers les associations soi-disant environnementales et assurément anti-chasse. Cette décision n’est pas à la hauteur des réels enjeux qui entourent la conservation de ces deux espèces emblématiques de nos montagnes et qui vont disparaître à la suite de cette décision. Avouons que c’est faire peu cas de la biodiversité alors que la ministre de la Transition écologique en a directement la charge ! » insiste le président de la FNC

Réconcilier écologie et terrain : une nécessité urgente

Au-delà de la polémique, cette décision pose une question fondamentale : peut-on protéger efficacement la biodiversité sans s’appuyer sur ceux qui la gèrent au quotidien ? Le monde de la chasse, via la Fédération nationale des chasseurs, défend une vision où la conservation passe par l’implication des acteurs locaux, la connaissance fine des milieux et des actions concrètes sur le terrain. Exclure ces acteurs du processus décisionnel revient à affaiblir l’efficacité même des politiques environnementales.

La préservation du grand tétras et du lagopède alpin mérite mieux qu’un affrontement idéologique. Elle exige une approche collective, scientifique et pragmatique. Car au fond, la vraie question n’est pas de savoir qui a raison, mais quelles actions permettent réellement de sauver ces espèces.

Cet article est paru en premier sur CHASSONS