Île Maurice : la chasse du cerf entre tradition, économie et défis modernes

cerf rusa dans la forêt

Sur l’île Maurice, la chasse du cerf ne se résume pas à une simple pratique cynégétique exotique. Elle s’inscrit dans une réalité bien plus complexe, à la croisée des traditions, de l’économie locale et des enjeux de souveraineté alimentaire. Dans ce territoire insulaire, où chaque ressource compte, le cerf occupe une place à part.

Une espèce bien présente

Introduit sur l’île il y a plusieurs siècles, le cerf s’est parfaitement acclimaté aux paysages mauriciens. Aujourd’hui, sa chasse est encadrée et structurée, notamment dans des domaines privés où la gestion du gibier répond à des logiques à la fois écologiques et économiques. Pour les chasseurs, souvent venus de l’étranger, l’expérience est singulière : une chasse en climat tropical, dans une végétation dense, où l’approche exige adaptation et finesse.

A quand une vraie filière ?

Mais au-delà de l’expérience terrain, c’est toute une filière qui repose sur cette activité. Comme le souligne Gérard Merle, président de l’Association des Chasseurs de l’Île Maurice, la chasse du cerf à Maurice joue un rôle stratégique souvent sous-estimé. Elle contribue directement à l’économie locale, génère des emplois et participe à l’approvisionnement alimentaire du pays. La viande de cerf, en particulier, est un produit clé. Consommée par l’ensemble des communautés, elle séduit par ses qualités nutritionnelles : maigre, saine, pauvre en cholestérol. Surtout, elle présente un avantage majeur dans un contexte insulaire : elle est produite localement. À l’heure où la dépendance aux importations alimentaires devient une préoccupation croissante, cette production représente un levier d’autonomie non négligeable.

Pourtant, cette filière ne bénéficie d’aucun véritable soutien institutionnel. Pas de subventions, peu d’accompagnement structuré. Une situation que Gérard Merle juge incohérente. Selon lui, les politiques actuelles tendent même à fragiliser un secteur pourtant performant. L’accumulation de règles, parfois déconnectées des réalités du terrain, risque de désorganiser un système qui fonctionne.

Une destination attrayante

Autre point de friction : le potentiel inexploité de la chasse touristique. Sur le papier, Maurice coche toutes les cases : sécurité, infrastructures de qualité, biodiversité maîtrisée. Mais dans les faits, l’île peine à s’imposer sur ce marché international. En cause, des lourdeurs administratives dissuasives. Là où certaines destinations délivrent un permis en 48 heures, Maurice impose des délais pouvant atteindre deux semaines — soit plus que la durée moyenne d’un séjour touristique. À cela s’ajoutent des contraintes réglementaires sur les armes, les munitions, ainsi que des restrictions visant certains résidents étrangers, pourtant autorisés à vivre et travailler sur l’île. Résultat : un manque à gagner considérable, estimé à plusieurs dizaines, voire centaines de millions de roupies chaque année. La chasse du cerf à Maurice illustre ainsi un paradoxe : une activité riche de potentiel, ancrée dans le territoire, mais freinée par un cadre inadapté. Entre tradition cynégétique, enjeu alimentaire et opportunité économique, elle mérite sans doute une réflexion plus globale. Car au-delà du trophée, c’est tout un équilibre qu’il s’agit de préserver et de valoriser.

 

 

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