Discrètes et translucides, les civelles sont au cœur d’un trafic international qui inquiète autant les autorités que les acteurs de la pêche. Entre ressource fragile et marché noir lucratif, la France et l’Europe tentent de contenir un phénomène en pleine expansion.
8 personnes interpellées dans le cadre d’un trafic international illégal de civelles
Sous la direction de l’Office Central de Lutte contre les Atteintes à l’Environnement et à la Santé Publique (OCLAESP) et avec l’appui de l’OFB, des services de Gendarmerie nationale et d’Europol, 8 individus ont été interpellés, dont 6 en France et 2 en Espagne. Ainsi, les investigations ont révélé un système sophistiqué de contournement de la traçabilité réglementaire. Plus de 2 tonnes de civelles ont été collectées et transportées illégalement vers la France et l’Espagne, générant un préjudice estimé à 600 000 €. Par conséquent, ces agissements menacent gravement une espèce déjà fragilisée, dont la protection est une priorité pour l’Union européenne.
Les 6 personnes interpellées en France ont été mises en examen pour association de malfaiteurs, mais aussi pour trafic illégal d’espèces protégées, faux et usage de faux. De plus, elles ont été placées sous contrôle judiciaire, avec notamment l’interdiction d’exercer toute activité de pêche. Rappelons que la civelle est une espèce en danger critique d’extinction, et sa protection est essentielle pour préserver la biodiversité. À ce titre, cette opération illustre l’engagement des autorités françaises et européennes dans la lutte contre les trafics illégaux qui menacent notre patrimoine naturel.
Un trafic de civelles très structuré
Selon France Bleu, le trafic était organisé par un ramasseur de pibales travaillant pour une société basée est à Hendaye. Charge à lui de collecter pour ce mareyeur, les civelles sur le bassin de l’Adour. Que ce soit auprès des pécheurs du Pays Basque ou des Landes. Selon l’enquête tous les deux ont mis en place un « système élaboré » permettant de contourner la traçabilité réglementaire du poisson. Alternant délibérément les civelles pêchées par des professionnels et les civelles braconnées. Selon le parquet, le nombre de pibales illégalement exportées estimé à 7 millions de spécimens. Et ce pour un produit financier de 600.000 euros.
Un marché illégal très lucratif
La civelle, alevin de l’anguille européenne, est devenue un véritable « or blanc ». En effet, son prix peut atteindre plusieurs milliers d’euros le kilo sur les réseaux clandestins, alimentés par une forte demande asiatique. La civelle de consommation est vendue en moyenne à 400 €/kg et celle destinée au repeuplement à 160 €/kg. Toutefois, ces tarifs sont largement dépassés sur les marchés illégaux. Ainsi, les prix élevés favorisent le développement de filières organisées de braconnage et de commercialisation illicite à l’échelle internationale.
Les alevins sont ensuite destinés à des élevages asiatiques, où ils se négocient entre 2 000 et 6 000 euros le kilogramme. Dès lors, la rentabilité du trafic devient particulièrement attractive pour les réseaux criminels. Interdit à l’export hors Union européenne depuis 2010, ce commerce continue pourtant de prospérer. En effet, des filières illégales bien structurées permettent d’acheminer clandestinement ces juvéniles vers la Chine, avant leur revente sur les marchés japonais ou coréens. Par ailleurs, les saisies récentes confirment l’ampleur du phénomène, avec des trafics estimés à plusieurs millions d’euros.
La France, au cœur du système
Avec plus de 90 % des captures mondiales de civelles, la France occupe une place centrale. La pêche y est strictement encadrée par des quotas. Mais cette activité légale sert parfois de couverture à des dérives illégales. Des affaires récentes illustrent cette réalité : plusieurs centaines de kilos de civelles ont été écoulés clandestinement vers l’Espagne, générant des centaines de milliers d’euros de profits .
Une espèce menacée
Au-delà du trafic, c’est la survie même de l’anguille européenne qui est en jeu. Les populations de civelles ont chuté de près de 99 % depuis les années 1970. Surpêche, braconnage et dégradation des habitats fragilisent durablement l’espèce. Dans ce contexte, le trafic de civelles apparaît comme l’un des défis majeurs pour la gestion durable de la ressource.
Cet article est paru en premier sur LE CHASSEUR FRANCAIS
