Monique Barbut reste finalement ministre : le dialogue avec la ruralité pourra-t-il être relancé ?

Il aura fallu moins de vingt-quatre heures pour passer d’une démission annoncée à un maintien confirmé. Opposée à la réintroduction encadrée de l’acétamipride dans le cadre de la loi d’urgence agricole, Monique Barbut avait pourtant affirmé qu’elle n’avait « pas d’autre option » que de quitter le gouvernement. Mais Emmanuel Macron en a décidé autrement. Refusant sa démission, le chef de l’État l’a convaincue de poursuivre sa mission au ministère de la Transition écologique, invoquant notamment l’urgence climatique et les enjeux de santé environnementale. Une volte-face aussi rapide qu’inattendue qui soulève désormais une autre question : après plusieurs mois de tensions avec les acteurs du monde rural, et notamment avec les chasseurs, ce maintien est-il une bonne nouvelle pour le dialogue entre écologie et territoires ?

Une démission annoncée… puis rangée au placard

Rarement un départ ministériel aura semblé aussi imminent et annoncé avant d’être aussi rapidement abandonné. Mardi encore, Monique Barbut expliquait qu’elle ne voyait pas comment rester au gouvernement après l’adoption d’un texte comportant des dispositions qu’elle combat depuis des mois. Mercredi matin, changement de décor. L’Élysée refuse sa démission et la ministre accepte finalement de poursuivre sa mission « à la demande du président de la République ». Le motif avancé est noble avec la nécessité d’agir face aux conséquences du changement climatique et aux enjeux de santé environnementale. L’épisode laisse toutefois une impression singulière. Une ministre qui affirme publiquement vouloir partir puis reste finalement en poste quelques heures plus tard n’en ressort pas forcément renforcée politiquement. Quant au projet de loi agricole, il demeure inchangé sur le fond et son désaccord reste entier.

Une ministre qui a multiplié les sujets de crispation avec les chasseurs

Si la controverse autour de l’acétamipride a occupé le devant de la scène, les relations entre Monique Barbut et le monde de la chasse étaient déjà particulièrement tendues. L’inscription du grand tétras puis du lagopède alpin parmi les espèces protégées a été vécue comme une décision descendante, prise sans véritable concertation avec les acteurs de terrain pourtant impliqués depuis des années dans le suivi scientifique de ces populations fragiles.Les chasseurs ont également dénoncé une vision jugée excessivement centralisée de la gestion de la biodiversité, laissant peu de place aux réalités locales et aux connaissances acquises par les fédérations départementales et les associations spécialisées.Dans de nombreux territoires, le sentiment s’est installé que les décisions étaient davantage guidées par des considérations politiques ou symboliques que par une véritable démarche de gestion adaptative.

ESOD, biodiversité : le dialogue peut-il encore être renoué ?

Les tensions se sont encore accentuées ces dernières semaines avec les remises en cause d’arrêtés relatifs aux espèces susceptibles d’occasionner des dégâts (ESOD), pourtant considérées par de nombreux agriculteurs, éleveurs et gestionnaires de terrain comme des outils indispensables de régulation. Dans ce contexte, le maintien de Monique Barbut au gouvernement suscite autant d’interrogations que de réactions. Emmanuel Macron a choisi la continuité. Reste à savoir si cette continuité sera synonyme d’apaisement ou de nouvelles confrontations. Car au-delà des déclarations de principe sur l’urgence climatique, la question centrale demeure celle du dialogue. Les chasseurs, comme une grande partie du monde rural, n’attendent pas nécessairement des ministres qu’ils partagent toutes leurs positions. Ils attendent en revanche d’être écoutés avant que les décisions ne soient prises. Finalement, la véritable surprise n’est peut-être pas que Monique Barbut soit restée. La vraie question est de savoir si cette seconde chance politique s’accompagnera d’un changement de méthode. Après avoir envisagé de quitter le navire, la ministre dispose désormais d’une occasion de démontrer qu’écologie et concertation ne sont pas incompatibles. Les prochains dossiers, qu’ils concernent les espèces protégées, les ESOD ou la gestion de la faune sauvage, permettront rapidement de vérifier si cette main tendue par l’Élysée peut aussi devenir une main tendue vers la ruralité.

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