Où vont les larmes quand elles sèchent — Baptise Beaulieu

Où vont les larmes quand elles sèchent ? Une question poétique, presque douce. Mais derrière ce titre se cache un roman plus grave, entre colère rentrée et humanité fatiguée. Je l’ai lu, parfois touchée, parfois agacée. Si vous aimez les médecins lucides, féministes, mais un brin résignés… entrez dans le cabinet de Jean.

En arrière-plan, un médecin et son patient et au premier plan, la couverture du livre de Baptiste Beaulieu, Où vont les larmes quand elles sèchent ?
Parfois, les patients ont d’autres problèmes que la maladie

Comment débute le livre ?

Jean était urgentiste, mais une intervention qui ne sauve pas un enfant, peut-être à cause de 6 malheureuses minutes, le convainc de travailler en libéral.

Il partage avec le lecteur ses rencontres. S’il apprécie de pratiquer une médecine moins dramatique qu’à l’hôpital où se trouvent les cas les plus graves, il doit parfois annoncer de mauvaises nouvelles. Et on n’apprend pas ça à l’université.

Les patients de Jean sont des hommes, des femmes, des enfants qui ont d’autres problèmes que la maladie : la solitude, le deuil, la violence. Et soulager ces misères, on n’apprend pas ça non plus à l’université. Alors, Jean compense comme il peut, en écoutant, en passant un peu plus de temps avec ceux qui en ont besoin et qu’il aime bien.

Qu’en ai-je pensé ?

Si ce livre sensibilise à la difficulté des métiers de soignants, c’est une très bonne chose. Mais ne me dites pas que vous en aviez besoin ? Pas après le Covid.

Je l’ai trouvé cependant un peu décousu, le narrateur saute d’un sujet à un autre, revient en arrière, passe à autre chose. Alors, bien sûr, les visites chez le médecin se font en pointillé, mais un peu de temporalité aurait ajouté un peu de fluidité à la lecture.

Bien sûr, il y a beaucoup d’humanité dans ce livre, mais aussi beaucoup de résignation. D’ailleurs, l’auteur envoie une charge bien sentie à notre manie de mettre de la résilience partout.

« Il y a un je-ne-sais-quoi d’effrayant dans cette injonction permanente à la résilience. Une manière, aussi, de faire accepter l’inacceptable, d’abdiquer, de se résigner, ou pire, de s’anesthésier face aux injustices »

Bien, on fait quoi maintenant ? Le roman dénonce (mais je savais déjà) et ne propose rien. Dommage, j’aurais aimé que quelques idées soient mises en avant. Quant à l’humour, je suis totalement passée à côté.

Envie de le lire ?

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Quels sont les thèmes ?

  • La médecine d’aujourd’hui
  • Misère sociale
  • Solitude, deuil, maladie
  • Féminisme

Un cadre très actuel

De nos jours dans le sud-ouest de la France. Une médecine de proximité, en terrain cabossé.

Jean, médecin et homme pudique

En effet, ce n’est qu’à la fin que Jean dévoile un drame survenu quand il était enfant, et qui explique — peut-être — son incapacité à pleurer. Par ailleurs, j’ai senti que d’autres difficultés avaient émaillé sa vie.

Il respecte ses patients, ne tient pas pour acquis qu’ils accepteront de se laisser examiner, et prend en compte leurs choix (vous en connaissez beaucoup des médecins comme ça ?).

Et surtout, Jean est féministe — un bonheur. Mais attention, il ne fait pas dans la demi-mesure :

« Les hommes ont beaucoup trop confiance en eux parce qu’ils naissent avec des testicules et un pénis, c’est tout, même que c’est pour cette raison qu’ils se pensent légitimes à exercer un tel niveau de violence sur autrui en toute impunité. »

Franchement, imaginez un instant une autrice mettre ces mots dans la bouche d’un personnage féminin. Scandale assuré. Elle aurait été accusée de misandrie, descendue dans la presse, et sa boîte mail croulerait sous les menaces. Je me souviens de Pauline Harmange (Moi les hommes, je les déteste) ou de Virginie Despentes (King Kong Théorie) : leurs propos, pourtant bien moins directs parfois, leur ont valu une avalanche de critiques.

Mais là, c’est un homme qui parle. Alors ça passe. Tranquille. Comme une lettre à la poste. Il y a encore du boulot, vraiment.

En revanche, la posture de Jean dans la vie m’a interrogée. En effet, son objectif est d’arriver à pleurer, ce que j’ai très bien compris, malgré la pudeur qu’il affiche. Mais voilà, il va chercher les larmes dans les misères de ses patients ; et cette obsession l’éloigne de toute combattivité. Résultat, un livre plein de bons sentiments, mais aussi une longue plainte.

Comment est-ce écrit ?

Incipit :

« C’est un petit cabinet médical. On y accède après avoir traversé un couloir en crépi beige, très beige, puis longé un patio fleuri. Parfois, ça sent les fleurs séchées, parfois rien du tout. »

Citation :

« Elles se trompent : je ne me méfie pas des hommes, je les juge. Sévèrement. Et pour cause : j’en suis un, je sais de quoi je parle. »

Mon avis en résumé

Ce que j’ai aimé

  • La pudeur de Jean
  • Un personnage masculin féministe

Ce que j’ai regretté (mais peut-être pas vous)

  • Une narration décousue
  • Un manque de combattivité

Mes notes

4,0/5
Personnages 4,0/5
Intrigue 3,0/5
Écriture 4,0/5
Moyenne 3,8/5
Plus de détails sur le système de notation

Lecture assez facile

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Info-livre : Où vont les larmes quand elles sèchent par Baptise Beaulieu

Couverture du livre de Baptiste Beaulieu, Où vont les larmes quand elles sèchent

Éditeur : Collection Proche
ISBN : 978-2-493909-76-3
Pages : 227
Date de parution : 03/10/2024

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