Retour du castor : succès écologique… et catastrophe pour les arboriculteurs ?

Longtemps disparu de nombreuses régions, le castor d’Europe signe depuis plusieurs décennies un retour spectaculaire en France. Protégé depuis le début du XXe siècle après avoir frôlé l’extinction, ce rongeur emblématique des cours d’eau a recolonisé progressivement de nombreux bassins, notamment celui de la Durance. Si ce retour est souvent salué comme une réussite écologique majeure, il n’est pas sans conséquences. Dans certaines zones agricoles, la cohabitation devient de plus en plus tendue comme le rapporte le Dauphiné libéré. Entre protection stricte de l’espèce et réalités économiques du terrain, les arboriculteurs tirent aujourd’hui la sonnette d’alarme.

Des vergers sous pression croissante

À La Saulce, dans les Hautes-Alpes, un arboriculteur a récemment constaté des dégâts importants dans ses parcelles. Une dizaine de poiriers Williams coupés net, plusieurs autres attaqués : un spectacle devenu récurrent selon lui. Le mode opératoire est caractéristique. Le castor, herbivore et bâtisseur, s’attaque aux troncs pour se nourrir ou construire ses barrages. Résultat : des arbres sectionnés “en crayon”, des copeaux au pied, et des pertes économiques immédiates. Le problème ne serait pas isolé. Dans la vallée de la Durance, la présence du castor s’intensifie, notamment autour des points d’eau et zones récemment entretenues. Ces milieux favorables attirent plusieurs familles, qui s’installent durablement… parfois au détriment des cultures voisines.

Des solutions coûteuses et contraignantes

Face à ces attaques, les arboriculteurs doivent s’adapter. Et parfois de manière radicale. Filets de protection, grillages, voire clôtures électrifiées sont des dispositifs habituellement réservés au bétail mais désormais utilisés pour protéger des arbres fruitiers. Une situation que certains professionnels qualifient d’absurde. Au-delà du coût matériel, c’est aussi une charge de travail supplémentaire. Installer, surveiller, entretenir… tout cela dans un contexte agricole déjà sous pression. Et malgré ces efforts, aucune garantie totale : le castor est persévérant et capable de contourner certains dispositifs.

Une espèce protégée au cœur du débat

Le castor bénéficie d’un statut de protection stricte en France et en Europe. Il est interdit de le piéger, de le déplacer ou de détruire ses habitats sans autorisation spécifique. Cette protection, essentielle à sa survie, complique cependant la gestion des conflits avec les activités humaines. Les agriculteurs concernés demandent davantage de reconnaissance des dégâts et des solutions adaptées. Certains évoquent la nécessité d’un meilleur accompagnement, voire d’indemnisations. D’autres appellent à une régulation encadrée dans les zones les plus sensibles.

Concilier biodiversité et agriculture

Le retour du castor est une réussite écologique indéniable. Mais comme souvent, la nature reprend sa place sans toujours tenir compte des activités humaines. Le défi aujourd’hui est clair : trouver un équilibre entre la préservation de cette espèce emblématique et la viabilité économique des exploitations agricoles.

Car derrière chaque arbre rongé, il y a un agriculteur, un investissement, et parfois une saison compromise.

 

 

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