Sans propriétaires, pas de chasse : ces banquets qui entretiennent le lien local vital des ACCA

Gesellschaftsjagd - Jäger auf dem Rückweg von einer angehaltenen Treibjagd zum Sammelpunkt.

Samedi 14 mars, à l’initiative de la société de chasse La Faizanne, une soirée pas tout à fait comme les autres s’est tenue en Saône-et-Loire. Autour de leur président Sébastien Mazoyer, près de 80 convives se sont retrouvés pour le traditionnel “banquet des propriétaires”, comme l’a relaté Le Journal de Saône-et-Loire. Propriétaires fonciers, chasseurs et invités y ont partagé un moment convivial, dans un esprit de reconnaissance et de respect mutuel. Une tradition bien ancrée, illustrée par cette excellente initiative.

Derrière cette soirée se cache en réalité un pilier discret mais essentiel de la chasse communale. Sans les propriétaires qui acceptent de mettre leurs terrains à disposition, aucune ACCA ne peut fonctionner. Ce banquet n’est donc pas un simple repas : il est l’expression concrète d’un équilibre rural fondé sur la confiance.

Remercier ceux qui rendent la chasse possible

Dans le modèle des ACCA, les chasseurs ne sont pas propriétaires de la majorité des territoires qu’ils parcourent. Ils en sont, en quelque sorte, les gestionnaires temporaires, grâce à l’accord de ceux qui possèdent les terres. C’est précisément ce lien que ces banquets viennent entretenir. À travers un geste simple, celui d’inviter, accueillir, partager, les sociétés de chasse rappellent que cette mise à disposition n’a rien d’anodin. Elle repose sur une forme d’engagement tacite, souvent silencieux, mais fondamental. Ce type d’initiative est loin d’être isolé. À Propières, par exemple, un banquet similaire a récemment réuni près de 90 participants, avec un message tout aussi clair de remercier les propriétaires et rappeler leur rôle central. Même logique à Vauxrenard ou à Mogneneins, où ces repas rassemblent chaque année chasseurs, habitants et partenaires autour d’une même table. Dans tous les cas, l’objectif est identique : dire merci, mais surtout entretenir une relation de confiance dans la durée.

Bien plus qu’un repas : un moment de cohésion locale

Ce qui frappe dans ces banquets, au-delà des chiffres, c’est leur dimension profondément sociale. On y retrouve des profils variés, agriculteurs, retraités, familles, élus locaux, des non-chasseurs curieux de mieux comprendre l’activité.

Ces moments permettent de sortir du cadre strict de la chasse pour entrer dans celui de la vie locale. On y parle du territoire, des saisons passées, des enjeux à venir, mais aussi tout simplement de la vie du village. Dans un contexte où la chasse peut parfois être source d’incompréhensions, ces soirées jouent un rôle apaisant. Elles recréent du dialogue, humanisent les relations et rappellent que derrière l’activité cynégétique, il y a avant tout des hommes et des femmes, des familles, des amis attachés à leur territoire.

C’est aussi un lieu de transmission où les plus anciens y racontent les évolutions du territoire, les plus jeunes y trouvent leur place, et chacun contribue à faire vivre une tradition qui dépasse largement le cadre de la chasse.

Une initiative simple… mais essentielle pour l’avenir

À l’heure où l’accès au foncier devient plus complexe et où les attentes sociétales évoluent, ces initiatives prennent une dimension stratégique. Fidéliser les propriétaires, maintenir leur confiance, valoriser leur rôle sont autant d’enjeux cruciaux pour l’avenir des ACCA. Le banquet des propriétaires apparaît alors comme un outil à la fois simple et efficace. Il ne nécessite ni moyens démesurés ni organisation complexe, mais produit des effets durables. Il montre une chasse responsable, respectueuse et reconnaissante, très loin des clichés souvent véhiculés. Les exemples de Saône-et-Loire, de Propières ou encore de Mogneneins le prouvent : partout où il est mis en place, ce type d’événement renforce le tissu local. Le banquet des propriétaires n’est pas une simple tradition conviviale. Il est un symbole fort, celui d’une chasse locale qui sait d’où elle vient et sur qui elle repose. Dans un monde rural en mutation, il incarne peut-être l’une des clés les plus simples et les plus efficaces, pour préserver l’équilibre entre usage des terres, respect des acteurs et avenir de la chasse.

 

 

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