Royaume-Uni : sous la pression sanitaire de la tuberculose, l’abattage des blaireaux s’intensifie

Face à une tuberculose bovine persistante et coûteuse, le Royaume-Uni accélère l’abattage des blaireaux. Des dizaines de milliers d’animaux sont concernés chaque année. Si les éleveurs soutiennent largement ces mesures, scientifiques et associations dénoncent une politique aux résultats incertains.

Une régulation massive dans les zones à risque

Le Royaume-Uni a considérablement élargi ses zones d’intervention. Selon les données relayées par The Guardian, plus de 30 000 blaireaux pourraient être abattus sur une seule campagne, avec une extension progressive des territoires concernés, notamment dans le sud-ouest de l’Angleterre, région fortement touchée par la tuberculose bovine. Cette politique s’inscrit dans un plan national de lutte contre une maladie qui entraîne chaque année l’abattage de milliers de bovins et des pertes économiques majeures pour les exploitations agricoles.

Le gouvernement assume pleinement cette stratégie. Un porte-parole du ministère de l’Environnement affirme ainsi : « Nous devons utiliser tous les moyens disponibles pour stopper la propagation de la tuberculose bovine ». Sur le terrain, la situation est jugée critique par de nombreux éleveurs. « On voit partir des bêtes chaque année, ça ne peut plus durer », confie l’un d’eux. Pour ces professionnels, la régulation du blaireau apparaît comme une réponse concrète à court terme.

l’abattage des blaireaux s’intensifie

Le blaireau au cœur du dispositif sanitaire

Le blaireau est identifié comme un réservoir potentiel de la maladie, capable de transmettre la bactérie aux bovins par contact indirect ( voir notre article) . C’est sur cette base que les autorités ont construit leur stratégie, en cherchant à réduire la densité des populations dans les zones infectées. « Le rôle du blaireau dans la chaîne de contamination est reconnu », insiste un responsable politique britannique.

Toutefois, cette approche reste débattue. Certains spécialistes estiment que la transmission est multifactorielle et que la responsabilité du blaireau ne peut être isolée aussi simplement. D’autres rappellent que les interactions entre faune sauvage et élevage dépendent aussi fortement des pratiques agricoles et des conditions sanitaires des exploitations.

Des résultats scientifiques sur l’abattage des blaireaux contestés

La principale critique porte sur l’efficacité réelle de ces abattages. Plusieurs études évoquent un phénomène dit de “perturbation” : en désorganisant les groupes sociaux de blaireaux, les tirs favoriseraient leur dispersion et donc la circulation de la maladie.

La zoologiste Rosie Woodroffe met en garde : « Il n’existe pas de preuve solide que l’abattage massif permette de réduire significativement la tuberculose bovine ». Elle ajoute que « perturber les populations peut même aggraver la situation en augmentant les déplacements des animaux infectés ».

Ces conclusions alimentent un débat scientifique intense, d’autant que les résultats varient selon les zones et les méthodes utilisées.

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Éleveurs, ONG : un clivage marqué

Sur le terrain, les positions restent profondément opposées. Les organisations agricoles soutiennent majoritairement les opérations de régulation. Pour elles, l’urgence est économique. « C’est une question de survie pour nos exploitations », résume un éleveur britannique. Beaucoup estiment que sans action sur la faune sauvage, les efforts réalisés sur les troupeaux resteront insuffisants.

En face, les associations de protection animale dénoncent une politique inefficace et brutale. Dominic Dyer, représentant de la Badger Trust, affirme : « C’est une destruction massive injustifiée d’une espèce protégée ». Les ONG plaident pour des alternatives comme la vaccination des blaireaux ou le renforcement des mesures de biosécurité dans les élevages. « On tue des milliers d’animaux sans s’attaquer aux causes profondes du problème », dénoncent-elles.

Une stratégie sous pression croissante

Malgré les critiques, le gouvernement britannique maintient sa ligne et continue d’étendre les zones de régulation. « Nous restons déterminés à protéger les élevages et à éradiquer la maladie », affirme un porte-parole officiel. Toutefois, la pression scientifique et sociétale ne cesse de croître, poussant les autorités à justifier régulièrement leurs choix.

À plus long terme, la stratégie pourrait évoluer vers un équilibre entre régulation, vaccination et amélioration des pratiques agricoles. Mais pour l’heure, l’abattage des blaireaux reste un pilier central de la lutte contre la tuberculose bovine au Royaume-Uni. Un sujet sensible, à la croisée des enjeux sanitaires, économiques et environnementaux.

De plus : 

notre article sur les blaireaux et la tuberculose bovine, l’exemple en France en Haute Vienne

Tuberculose bovine : stop aux blaireaux en Haute-Vienne

Cet article est paru en premier sur LE CHASSEUR FRANCAIS