Un dispositif BOMA – rideau souple destiné à éviter les débordements du gibier vers les zones habitées ou les routes lors des chasses à courre – a été expérimenté en forêt domaniale de Dreux, à la demande d’une société de vénerie et avec l’aval de l’Office français de la biodiversité (OFB) et de l’ONF. Le bilan a conduit l’ONF à ne pas renouveler l’expérience, le dispositif s’avérant peu compatible avec la diversité des usages de la forêt. Il a depuis été démonté.
Pourquoi cette expérimentation du dispositif Boma ?
L’équipage de vénerie qui chasse à courre en forêt de Dreux a proposé d’expérimenter un dispositif pour réduire les conflits de voisinage avec des riverains sur une partie du périmètre de la forêt où des difficultés avaient été constatées les années précédentes. L’ONF avait accepté cette expérimentation sur 15 journées de chasse après consultation et avis favorable de l’Office français de la biodiversité (OFB) et après avoir vérifié la légalité de ce test
Éviter les débordements de grand gibier qui peuvent générer des risques pour les riverains et la circulation : telle est la raison qui a incité un équipage de vénerie à solliciter, en forêt de Dreux, la mise en place d’un dispositif de canalisation temporaire. Validée sur le plan juridique par puis autorisée à titre expérimental par l’ONF, cette démarche vise à orienter les déplacements des cerfs, chevreuils et sangliers afin de sécuriser les secteurs sensibles du massif, tout en préservant la libre circulation des animaux dans la forêt.
Voir notre article sur le dispositif Boma
Comment marche le dispositif Boma ?
Comme l’explique la Société de Vénerie « La « Boma » est un dispositif utilisé dans plusieurs pays d’Afrique. Développé pour canaliser et observer les animaux sauvages dans le respect de leurs comportements naturels. Le tout en protégeant les villages et le bétail. C’est un système de rideaux souples et opaques sur un câble haut. Largement utilisé pour canaliser les déplacements de la faune. Permettant un contrôle non intrusif et respectueux du bien-être animal. En France même et depuis bien longtemps, les chasseurs ont mis en place des dispositifs de balisage pour que les animaux qu’ils chassent ne rentrent pas dans les zones habitées ».
Dans le cadre des chasses à courre qu’il organise en forêt domaniale de Dreux, l’équipage Normand Piqu’Hardi met en place un dispositif inspiré de cette technique. Transposée à notre territoire, la Boma devient un outil de sécurité : elle permet d’organiser l’espace forestier, d’y préserver la sécurité publique et de limiter les débuchés en zone urbanisée.
( Benoît Dulac, maitre d’équipage de l’équipage Normand Piqu’Hardi en forêt domaniale de Dreux )
Concrètement, l’aménagement consiste en des rideaux souples totalisant 1 700 mètres linéaires. Suspendus à un câble à 3 mètres de hauteur sur un axe précis de la forêt domaniale de Dreux. Le dispositif n’étant déployé que les jours de chasse à courre. 20 journées entre le 15 novembre et le 31 mars. Et replié en fin de journée par les veneurs pour restituer le paysage forestier. Sa faible emprise (moins de 4 % du périmètre concerné) limite l’impact sur le milieu. Etant installé sur une portion restreinte le long de certains axes du massif.
L’avis de l’OFB
Selon l’avis d’expertise de l’OFB, ce rideau n’est ni un piège ni une fermeture de la forêt. Il ne capture pas les animaux. N’entrave pas leur mobilité. Son rôle est strictement visuel et temporaire. Canaliser les trajectoires pour écarter le gibier des routes et des habitations pendant les opérations.
Un dispositif strictement encadré
Sur le plan juridique, le dispositif mis en place est conforme à l’article L.372‑1 du Code de l’environnement, qui définit les modes et moyens de chasse autorisés. À ce titre, il relève d’un aménagement temporaire de gestion cynégétique. Ne pouvant en aucun cas être assimilé à un piège au sens de la réglementation.

Un aménagement testé à titre expérimental
Un dispositif autorisé à titre expérimental. Et ce afin de mesurer objectivement ses effets sur la gestion des populations de grands ongulés, sur le comportement de la faune, mais aussi sur son acceptabilité sociale auprès des usagers et acteurs du territoire.
Cette évaluation s’appuiera sur plusieurs critères :
- l’efficacité du dispositif au regard des objectifs fixés ;
- les impacts observés sur les déplacements et comportements des cervidés ;
- la compatibilité de l’installation avec les autres usages du massif forestier.
- Les retours des usagers et des différents acteurs de la forêt ;
Les résultats attendus permettront d’alimenter la réflexion sur l’évolution des pratiques de gestion cynégétique en forêt domaniale.
Une expérimentation du dispositif Boma qui ne sera pas reconduite
À l’issue de cette saison d’expérimentation, retour d’expérience réalisé. Au terme de ce bilan, l’ONF a décidé de ne pas reconduire le dispositif en forêt domaniale de Dreux. Cette décision repose sur une évaluation objective. Constatant l’efficacité technique du dispositif. Mais aussi sa faible compatibilité avec la pluralité des usages de la forêt et les attentes des usagers.
« Nous nous étions engagés à tirer un bilan de cette expérimentation. Ce que nous avons fait à l’issue de la saison de chasse. Le dispositif montre des résultats intéressants sur le plan technique, mais il soulève des questions sur le partage des usages de la forêt. Le recours à la pose, même temporaire, d’une bâche, est perçue comme une forme d’artificialisation de la forêt qui n’est pas satisfaisante» – Christophe Poupat, directeur de l’ONF en Val de Loire

Abandon du dispositif Boma : une victoire des anti chasse
Ce n’est donc pas tant son efficacité qui est remise en cause, mais bien son acceptabilité…. La Fondation Bardot par d’un « piège servant à faciliter la capture et rendant la chasse encore plus déloyale ». AVA dénonce l’utilisation de pièges photographiques. « sentier GR sous vidéo-surveillance ». Mais aussi « sentiment d’insécurité, pollution plastique et visuelle ». Des caméras évoqués aussi par les journalistes de France 3 Région « Ces caméras qualifiées par l’ONF de « pièges photographiques animaliers » relèvent d’un cadre juridique flou. Ils n’exigent pas d’autorisation préfectorale au sens strict. Mais leur usage ici tranche avec celui habituellement prévu pour ce type de dispositif. Destinés au suivi scientifique de la faune sauvage comme les loups et les cervidés.
Là, installés à proximité d’une bâche contestée, sur un sentier de randonnée fréquenté, ils posent une sérieuse question de droit à l’image et de respect de la vie privée. D’ailleurs, que sont devenus les enregistrements faits par ces caméras ? Pour l’heure, nous ne pouvons répondre à cette question ».
On l’aura compris ce n’est donc pas l’efficacité du dispositif Boma qui est attaqué. Mais bien l’image qu’il représente. Dans cette bataille de cohabitation entre la chasse à courre et les usagers de la nature, ce sont ces derniers qui l’ont emporté.
Cet article est paru en premier sur LE CHASSEUR FRANCAIS