
Longtemps l’un des petits gibiers les plus communs de nos campagnes, le lapin de garenne a connu des hauts et des bas spectaculaires. Décimé par les maladies à certains endroits, il pullule à d’autres au point de devenir un casse-tête agricole. Voici une fiche complète sur l’espèce : comment le reconnaître, comment il vit et se reproduit, pourquoi ses populations font le yo-yo, et comment il se chasse.

Le lapin de garenne en bref
Le lapin de garenne (Oryctolagus cuniculus) est l’ancêtre sauvage de tous nos lapins domestiques. Le mot garenne désignait autrefois un terrain où vivaient les lapins sauvages : dire « lapin de garenne », c’est simplement parler du lapin sauvage, par opposition à celui d’élevage.
Quelques repères sur l’animal adulte :
- Poids : de 1,2 à 2,5 kg environ, soit bien moins qu’un lièvre.
- Longueur du corps : autour de 35 à 45 cm.
- Espérance de vie : souvent un à deux ans dans la nature, la prédation faisant des ravages, avec un potentiel supérieur pour les rescapés.
- Reproduction : plusieurs portées par an, ce qui en fait l’un des mammifères les plus prolifiques d’Europe.

Comment reconnaître le lapin de garenne
Lapin de garenne ou lapin domestique
Le garenne est plus petit et plus fin que la plupart des lapins d’élevage. Sa robe est d’un gris-brun uniforme, discret, taillé pour le camouflage. Le domestique, lui, se décline en mille couleurs et gabarits issus de la sélection. Un lapin gris trouvé au milieu d’un champ n’est pas forcément un garenne : les lapins domestiques relâchés lui ressemblent parfois beaucoup.
Lapin ou lièvre
La confusion la plus fréquente reste celle avec le lièvre. Le lièvre est nettement plus grand, avec de longues pattes et de longues oreilles à pointe noire, il ne creuse pas de terrier et ses petits naissent poils au vent et yeux ouverts. Le lapin, au contraire, met bas au fond du terrier des petits nus et aveugles. Nous détaillons tous ces repères dans notre article pour différencier le lièvre du lapin.

La vie au terrier
Le lapin de garenne est un animal social qui vit en colonies. Il creuse un réseau de terriers, et des rabouillères, où il se réfugie et met bas. Ces galeries structurent son territoire et le protègent des prédateurs. Il apprécie les milieux ouverts pourvus d’un couvert où filer se cacher : bocage, landes, friches, lisières, talus, dunes littorales. On le trouve un peu partout en France, mais de façon très inégale : dense sur un secteur, quasi absent sur le canton voisin.
Une reproduction hors norme
La réputation du lapin n’est pas volée. Une femelle peut enchaîner plusieurs portées dans l’année, avec une gestation d’environ un mois et une maturité sexuelle précoce. Cette machine reproductrice explique la vitesse à laquelle une population repart quand les conditions sont bonnes, et pourquoi un secteur presque vide peut se retrouver saturé en deux ou trois saisons. C’est aussi ce qui a transformé quelques individus en fléau ailleurs dans le monde, comme lors de l’introduction catastrophique du lapin en Australie.

Que mange le lapin
Herbivore strict, le lapin de garenne broute herbes, graminées et jeunes pousses, complète avec des racines, des écorces et des cultures quand l’occasion se présente. Cette appétence pour les jeunes plants est précisément ce qui le met en conflit avec les agriculteurs et les forestiers lorsqu’il devient trop nombreux.
Un gibier fragile : maladies et populations en dents de scie
Deux maladies ont bouleversé l’histoire du lapin en France. La myxomatose, apparue dans les années 1950, a effondré les populations. La maladie hémorragique virale (VHD) a ensuite pris le relais. Résultat, l’espèce vit sur un mode instable : globalement en recul sur de vastes territoires, mais capable de flambées locales là où les conditions lui sourient. Ces pullulations tournent parfois au conflit ouvert avec le monde agricole, comme les proliférations observées dans l’Hérault.

Chasser le lapin de garenne
Le lapin reste un gibier de proximité, celui des ouvertures en famille et des chiens qui fouillent le couvert. Plusieurs manières de le chasser cohabitent selon les terrains.
La plus répandue est la chasse devant soi, au chien, où l’on parcourt les friches et les lisières pour lever les lapins au gîte ou les cueillir à la sortie du terrier avec un fusil léger et vif et des munitions chargées de plombs assez petits. Vient ensuite le furetage, technique ancienne où un furet est lâché dans les galeries des terriers pour faire sortir les lapins vers les issues, souvent équipées de bourses. Le furetage est encadré et demande une autorisation selon les départements. Certains chasseurs pratiquent aussi l’affût du soir, quand les lapins sortent gagner les zones de nourrissage.

Lapin de garenne et dégâts : le statut de nuisible
Selon les secteurs, le lapin passe du gibier apprécié à l’animal à réguler. Là où il cause des dégâts, il peut être classé espèce susceptible d’occasionner des dégâts (ESOD) au niveau départemental, ce qui ouvre des possibilités de régulation en dehors des périodes de chasse classiques. Ce double visage, gibier ici, problème là, résume bien la relation compliquée que nous entretenons avec cette espèce.