
Alors que la Brenne tente de se relever après l’incendie exceptionnel qui a ravagé près de 1 000 hectares début juillet, une polémique s’est invitée dans le débat. Certains observateurs ont pointé du doigt les vastes parcelles de friches, notamment sur des propriétés de chasse, estimant qu’elles auraient favorisé la propagation des flammes. Une accusation que la Fédération départementale des chasseurs de l’Indre rejette fermement, appelant à dépasser la recherche de responsables pour engager une réflexion collective sur la gestion future de ce territoire emblématique. Les autorités ont confirmé que le sinistre avait parcouru plus de 1 000 hectares et mobilisé d’importants moyens terrestres et aériens pour protéger les habitations et fixer le feu.
Les chasseurs dénoncent un « mauvais procès »
Président de la Fédération départementale des chasseurs de l’Indre, Laurent Gandillot estime que les critiques visant les territoires de chasse sont infondées. Dans un reportage bien réalisé par nos confrères de France 3 Centre Val de Loire, il s’exprime pour exprimer le point de vue des chasseurs! Selon lui, les grandes propriétés concernées appartiennent souvent aux mêmes familles depuis plusieurs générations et leur gestion n’a rien de nouveau. Elles sont entretenues selon des pratiques anciennes qui, d’après lui, n’ont pas attendu cette catastrophe pour intégrer des aménagements favorables à la prévention des incendies. Il rappelle notamment l’existence de larges lignes de tir qui jouent également le rôle de pare-feu naturels. Ces ouvertures dans la végétation peuvent ralentir la progression des flammes et faciliter l’intervention des secours. À ses yeux, ces domaines seraient parfois mieux entretenus que certains espaces publics.
L’enfrichement, un phénomène ancien en Brenne
Le débat dépasse largement le seul cadre cynégétique. Brice Roggy, chargé de mission à la Réserve naturelle nationale de Chérine, rappelle que l’enfrichement de la Brenne ne date pas d’hier. Il trouve son origine dans la déprise agricole amorcée il y a plusieurs décennies, lorsque de nombreuses parcelles ont progressivement cessé d’être exploitées. Selon lui, la friche possède un intérêt écologique lorsqu’elle reste dispersée sous forme de haies, d’îlots arbustifs ou de bosquets intégrés dans une mosaïque de prairies. En revanche, de vastes surfaces continues de broussailles présentent peu d’intérêt écologique supplémentaire tout en constituant un combustible particulièrement favorable à la propagation des incendies. Cette analyse rejoint celle de nombreux gestionnaires d’espaces naturels qui plaident pour une diversification des paysages afin de limiter les risques tout en préservant la biodiversité.
Après l’incendie, place à la concertation
Pour Laurent Gandillot, désigner un responsable quelques jours après une catastrophe de cette ampleur n’apporte aucune solution. Le président de la fédération estime qu’il serait plus utile de tirer les enseignements de cet épisode afin d’améliorer la prévention et les moyens de lutte face à des incendies appelés à devenir plus fréquents sous l’effet du changement climatique. Les chasseurs se disent prêts à participer à cette réflexion aux côtés des agriculteurs, des gestionnaires de réserves naturelles, des collectivités, des propriétaires fonciers et des services de l’État.
Une gestion collective plutôt que des oppositions
L’incendie de la Brenne rappelle surtout que les risques ne s’arrêtent pas aux limites cadastrales. Territoires de chasse, réserves naturelles, exploitations agricoles ou espaces publics sont confrontés aux mêmes enjeux face à la sécheresse et à l’accumulation de biomasse. La reconstruction du territoire passera nécessairement par une meilleure coordination entre tous les acteurs. L’entretien des pare-feu, la gestion des friches, le maintien d’une activité agricole et pastorale ainsi que l’adaptation des pratiques de gestion apparaissent désormais comme des leviers complémentaires plutôt qu’opposés. Au lendemain de cette catastrophe historique, le temps des polémiques semble donc devoir laisser place à celui du dialogue. Les chasseurs de l’Indre affirment vouloir prendre toute leur part dans cette démarche collective, convaincus que seule une gestion concertée permettra de mieux protéger, demain, les paysages si particuliers de la Brenne.