RURALITE

JEUNESSE | Créée en 1957, Rural Youth Europe (RYE) est une ONG européenne qui fédère les organisations de jeunesse agissant pour…

JEUNESSE | Créée en 1957, Rural Youth Europe (RYE) est une ONG européenne qui fédère les organisations de jeunesse agissant pour l’épanouissement et l’engagement des jeunes ruraux. EN 2026, notre chargé de Projet Jeunesse & Service civique, Landry s’est rendu…

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RURALITE

« Certains penseront que je ne fais pas mon devoir citoyen, mais si je vote, je me renie » : sur la route de l’abstention aux municipales, en Côte-d’Or

Comme au niveau national, le nombre de votants n’a cessé de baisser dans le département, au premier tour des élections municipales. Liste unique, radicalité, désintérêt… Les abstentionnistes en donnent des raisons multiples.

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ANALYSES

Merci, merci, merci 🙏

Heureux d’annoncer à nos clients Intermarché que le Château Bellevue 2024 qui sera bientôt dans vos magasins, vient d’être honoré d’une seconde médaille d’Or 🥇 au concours de Lyon. Une jolie récompense pour ce millésime 2024, le 30 ème commercialisé … LIRE LA SUITE
RURALITE

Sécurité sociale de l’alimentation : le compte est bon ?

Entre autofinancement limité, baisse des dotations publiques et fonds privés très sollicités, la Sécurité sociale de l’alimentation se cherche un mode de financement pérenne et indépendant. Tour d’horizon des réflexions issues des différentes expérimentations.

Une enquête menée en 2025 à laquelle ont répondu une trentaine de « caisses alimentaires locales » dresse un premier bilan des dynamiques en France. Sur le volet financier, on y apprend que le budget médian d’une expérimentation est de 129 500 euros. Le budget moyen des trois caisses regroupant plus de 300 bénéficiaires s’élève, lui, à un peu moins de dix millions d’euros.

Ces budgets proviennent en moyenne à deux tiers de financements externes, dont 35 % de dotations publiques et 28 % de financements privés. L’autofinancement, issu principalement de contributions volontaires, s’établit, quant à lui, à 37 %.

Une réalité encore loin de l’objectif

Pour éviter la mainmise de l’État, comme c’est le cas aujourd’hui avec la Sécurité sociale, l’un des trois piliers de la SSA est de fonder son financement sur la cotisation individuelle. Les retours des expérimentations montrent pour l’instant une situation éloignée de cet idéal. Alexia Gros, coordinatrice Accès à l’alimentation pour tous à Réseau Civam, explique que « le type de cotisation varie selon l’expérimentation : cela va de l’absence de cotisation à des cotisations volontaires qui peuvent s’établir à partir d’échelons qui prennent en compte le revenu, le reste à vivre et la composition du foyer position du foyer. […] Cependant, les associations ont des difficultés à lever des cotisations ».

Si le niveau d’autofinancement est privilégié à l’étape de réflexion (55 % en moyenne pour les six expérimentations répondantes), il est généralement réajusté à la baisse en phase opérationnelle. L’autre enjeu est celui de la mixité sociale. Tout système social requiert des contributions nettes. Mais la difficile mobilisation de publics aisés en territoire précaire implique un déséquilibre structurel des caisses qui s’y déploient.

Il faut malgré tout se garder de porter un jugement hâtif, met en garde Nicolas Bricas, chercheur au Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement (CIRAD) : « Le dispositif de cotisation volontaire testé aujourd’hui ne nous dit rien sur le modèle économique d’une cotisation obligatoire, comme celle d’une véritable Sécurité sociale de l’alimentation. » Pour certain·es, l’autonomie financière n’est donc pas la priorité. Le système alimentaire, à l’instar de la santé, ne pourrait alors pas se priver d’un soutien public fort.

Entre soutien public aléatoire et mise en concurrence

En raison de leur caractère expérimental et pionnier, de nombreuses caisses ont recours à des financements extérieurs, à commencer par celui des collectivités territoriales. Celles-ci peuvent notamment trouver dans ces expérimentations un prolongement concret de leur projet alimentaire territorial (PAT).

Cette collaboration est bien souvent fructueuse, mais elle dépend avant tout de la volonté politique des élu·es locaux. Ces partenariats publics suscitent aussi de la méfiance quant à leurs intentions. Le soutien peut se transformer progressivement en commande institutionnelle qui entrave l’autonomie décisionnelle des expérimentateur·rices. De plus, la possibilité existe de voir une municipalité s’ingérer dans le montage et le fonctionnement d’une expérimentation pour satisfaire à des engagements électoraux.

Ces risques amènent certaines caisses à choisir l’autofinancement exclusif pour garantir leur indépendance politique. D’autres se tournent vers des fonds privés. Relativement peu nombreux à soutenir les démarches de SSA, ces mécanismes se retrouvent très sollicités, même si « ils ne sont pas là pour pallier la baisse des financements publics », avertit Alexia Gros. Les caisses alimentaires doivent alors orienter une partie de leurs ressources pour répondre à des appels à projets, pouvant aller jusqu’à 50 % du temps salarié. Elles se retrouvent alors mises en concurrence, entre elles et avec d’autres dispositifs se positionnant sur les enjeux alimentaires (aide alimentaire, épicerie solidaire…).

Le besoin de sécuriser les expérimentations

Pour réduire ce poids, le conventionnement pluriannuel d’objectifs, où le financeur fixe un cadre en contrepartie d’un soutien sur le temps long, semble une voie prometteuse. D’autres pistes sont aussi explorées, comme l’implication d’entreprises par du mécénat ou dans le cadre de leur démarche de responsabilité sociétale des entreprises (RSE), avec pour avantage de diffuser la question du droit à l’alimentation au-delà du cercle militant traditionnel.

La collecte de la plus-value commerciale pour les magasins conventionnés est par ailleurs testée à Brest. Un partenariat avec une structure mutualiste nationale a même été établi en Alsace, en mettant en avant les bénéfices sur la santé. L’avenir de ces expérimentations se joue aussi sur le plan national. En 2022, le Conseil national de l’alimentation recommandait d’expérimenter la mise en place d’une SSA pour aller vers une « démocratie alimentaire ». En février 2025, le groupe parlementaire écologiste a déposé une proposition de loi appelant à une « expérimentation vers l’instauration d’une sécurité sociale de l’alimentation ». Pour l’instant suspendue, elle apporterait un cadre et une légitimité aux initiatives, qui pourraient revenir dans le débat public avec les élections municipales.

William Guillo

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Sécurité sociale de l’alimentation : le compte est bon ?

Entre autofinancement limité, baisse des dotations publiques et fonds privés très sollicités, la Sécurité sociale de l’alimentation se cherche un mode de financement pérenne et indépendant. Tour d’horizon des réflexions issues des différentes expérimentations.

Une enquête menée en 2025 à laquelle ont répondu une trentaine de « caisses alimentaires locales » dresse un premier bilan des dynamiques en France. Sur le volet financier, on y apprend que le budget médian d’une expérimentation est de 129 500 euros. Le budget moyen des trois caisses regroupant plus de 300 bénéficiaires s’élève, lui, à un peu moins de dix millions d’euros.

Ces budgets proviennent en moyenne à deux tiers de financements externes, dont 35 % de dotations publiques et 28 % de financements privés. L’autofinancement, issu principalement de contributions volontaires, s’établit, quant à lui, à 37 %.

Une réalité encore loin de l’objectif

Pour éviter la mainmise de l’État, comme c’est le cas aujourd’hui avec la Sécurité sociale, l’un des trois piliers de la SSA est de fonder son financement sur la cotisation individuelle. Les retours des expérimentations montrent pour l’instant une situation éloignée de cet idéal. Alexia Gros, coordinatrice Accès à l’alimentation pour tous à Réseau Civam, explique que « le type de cotisation varie selon l’expérimentation : cela va de l’absence de cotisation à des cotisations volontaires qui peuvent s’établir à partir d’échelons qui prennent en compte le revenu, le reste à vivre et la composition du foyer position du foyer. […] Cependant, les associations ont des difficultés à lever des cotisations ».

Si le niveau d’autofinancement est privilégié à l’étape de réflexion (55 % en moyenne pour les six expérimentations répondantes), il est généralement réajusté à la baisse en phase opérationnelle. L’autre enjeu est celui de la mixité sociale. Tout système social requiert des contributions nettes. Mais la difficile mobilisation de publics aisés en territoire précaire implique un déséquilibre structurel des caisses qui s’y déploient.

Il faut malgré tout se garder de porter un jugement hâtif, met en garde Nicolas Bricas, chercheur au Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement (CIRAD) : « Le dispositif de cotisation volontaire testé aujourd’hui ne nous dit rien sur le modèle économique d’une cotisation obligatoire, comme celle d’une véritable Sécurité sociale de l’alimentation. » Pour certain·es, l’autonomie financière n’est donc pas la priorité. Le système alimentaire, à l’instar de la santé, ne pourrait alors pas se priver d’un soutien public fort.

Entre soutien public aléatoire et mise en concurrence

En raison de leur caractère expérimental et pionnier, de nombreuses caisses ont recours à des financements extérieurs, à commencer par celui des collectivités territoriales. Celles-ci peuvent notamment trouver dans ces expérimentations un prolongement concret de leur projet alimentaire territorial (PAT).

Cette collaboration est bien souvent fructueuse, mais elle dépend avant tout de la volonté politique des élu·es locaux. Ces partenariats publics suscitent aussi de la méfiance quant à leurs intentions. Le soutien peut se transformer progressivement en commande institutionnelle qui entrave l’autonomie décisionnelle des expérimentateur·rices. De plus, la possibilité existe de voir une municipalité s’ingérer dans le montage et le fonctionnement d’une expérimentation pour satisfaire à des engagements électoraux.

Ces risques amènent certaines caisses à choisir l’autofinancement exclusif pour garantir leur indépendance politique. D’autres se tournent vers des fonds privés. Relativement peu nombreux à soutenir les démarches de SSA, ces mécanismes se retrouvent très sollicités, même si « ils ne sont pas là pour pallier la baisse des financements publics », avertit Alexia Gros. Les caisses alimentaires doivent alors orienter une partie de leurs ressources pour répondre à des appels à projets, pouvant aller jusqu’à 50 % du temps salarié. Elles se retrouvent alors mises en concurrence, entre elles et avec d’autres dispositifs se positionnant sur les enjeux alimentaires (aide alimentaire, épicerie solidaire…).

Le besoin de sécuriser les expérimentations

Pour réduire ce poids, le conventionnement pluriannuel d’objectifs, où le financeur fixe un cadre en contrepartie d’un soutien sur le temps long, semble une voie prometteuse. D’autres pistes sont aussi explorées, comme l’implication d’entreprises par du mécénat ou dans le cadre de leur démarche de responsabilité sociétale des entreprises (RSE), avec pour avantage de diffuser la question du droit à l’alimentation au-delà du cercle militant traditionnel.

La collecte de la plus-value commerciale pour les magasins conventionnés est par ailleurs testée à Brest. Un partenariat avec une structure mutualiste nationale a même été établi en Alsace, en mettant en avant les bénéfices sur la santé. L’avenir de ces expérimentations se joue aussi sur le plan national. En 2022, le Conseil national de l’alimentation recommandait d’expérimenter la mise en place d’une SSA pour aller vers une « démocratie alimentaire ». En février 2025, le groupe parlementaire écologiste a déposé une proposition de loi appelant à une « expérimentation vers l’instauration d’une sécurité sociale de l’alimentation ». Pour l’instant suspendue, elle apporterait un cadre et une légitimité aux initiatives, qui pourraient revenir dans le débat public avec les élections municipales.

William Guillo

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Les clubs de foot fusionnent, la ruralité « perd des espaces démocratiques locaux et accessibles »

Comment l’évolution des clubs de football influence les espaces ruraux et inversement ? Dans un travail sociohistorique, Williams Nuytens, professeur d’université et Gabriel Dubois, chercheur affilié à l’Université d’Artois, creusent un sujet peu visible dans le monde académique à travers les clubs de foot amateurs de la Matheysine, en Isère.

Pourquoi avoir choisi la Matheysine pour étudier l’évolution du football dans les espaces ruraux ?

Estce que c’est un cas d’école ? Oui, c’est un territoire de moyenne montagne à la fois très proche d’une métropole (Grenoble) et enclavé, qui a surtout su se construire en « pays ». C’est-à-dire que les activités économiques et sociales se font sur son territoire. Ce qui est moins vrai désormais mais toujours présent. La Matheysine a traversé le XXe siècle en se consacrant à l’exploitation des mines de charbon.

« Le football, en France, s’est implanté dans ces régions industrielles mais aussi dans les villages ruraux à la sortie de la Première Guerre mondiale. »

C’est un bon exemple des territoires ruraux industriels qui a dû encaisser l’ensemble des contraintes politiques et économiques du libéralisme et de la mondialisation. Le football, en France, s’est implanté dans ces régions industrielles mais aussi dans les villages ruraux à la sortie de la Première Guerre mondiale. Ce qui est le cas en Matheysine où le premier club est créé en 1920 par un mutilé de guerre. Nous savions qu’il y avait eu des processus marqués de fusions et de disparition de clubs à partir des années 1990. Nous n’en savions pas beaucoup plus au départ, avant notre enquête.

Comment l’histoire des milieux ruraux se révèle-t-elle à travers l’évolution du football amateur ?

Les clubs de football sont des lieux où les travailleur·euses se rencontrent, s’associent et se confrontent sur un terrain de jeu symbolique. Ce sont des lieux populaires mais aussi trans-classes. Les clubs de football à la fois reflètent et créent des moyens d’identification et d’appartenance1. Tout en ayant une certaine autonomie, ils sont forcés de composer avec les contraintes locales, nationales et même internationales. Typiquement, en Matheysine, les premiers clubs se sont créés dans les bassins d’emplois puis se sont rapidement étendus à de plus petits villages en suivant la voie de chemin de fer.

« Des milliers de stades et de buvettes sont devenus déserts »

Cet « âge d’or » du football local coïncide avec celui de l’industrie du charbon et de la capacité de circulation après la Seconde Guerre mondiale. L’interconnexion des villages s’est alors renforcée, est devenue plus rapide. La diffusion du football et les déplacements pour les matchs se sont facilités. Le déclin puis l’arrêt des mines de charbon n’ont pas fait disparaître le football. L’industrialisation, les cultures locales, l’immigration, les fermetures d’usine, les déstructurations des groupes sociaux et des territoires, les recompositions. Tout cela est visible dans un club de football.

Comment expliquer la fusion des clubs de foot en milieu rural ?

Les causes sont vraiment multiples. Il y a un lien direct avec les disparitions des industries et des principaux bassins d’emploi. Financièrement, les clubs ont toujours vécu en partie à travers des donations privées de ces entreprises. Les pouvoirs publics, la fédération n’ont jamais été capables de compenser ces pertes. Les bénévoles ont dû redoubler d’efforts pour organiser des évènements (loto, vide-grenier, tournoi…) pour remplir les caisses.

Entre 2012 et 2019, 1 800 clubs ont disparu en métropole

En plus de cela, les subventions publiques sont devenues conditionnées. Les associations sont vues par ces pouvoirs comme des lieux d’application de politiques publiques. Dans de nombreux cas, des dossiers complexes doivent être remplis afin d’obtenir des subventions. Comme si cela ne suff isait pas, la Fédération française de football a entamé un virage professionnalisant, renforçant les normes pour les infrastructures et les exigences d’encadrement pour les clubs amateurs. Les manquements amènent à des amendes.

La fusion des clubs réduisent les espaces de sociabilités. – Archives Football Club Sud Isère

L’augmentation des mobilités quotidiennes liées au travail, aux courses ou aux services amène ensuite la plupart des habitant·es à faire des heures de voiture. En Matheysine, près de la moitié de la population active travaille dans l’aire grenobloise. Si, jusque dans les années 70-80, il était courant pour les habitant·es que les lieux de travail, de loisirs et de vie soient situés dans la même commune ou dans des communes limitrophes, ce n’est plus le cas. Associés à la montée en puissance des intercommunalités, c’est-à-dire aux pertes de pouvoir des communes, les clubs ont été contraints de fusionner. Pour répondre à toutes ces exigences, ils sont devenus des structures très professionnelles et cela n’était parfois plus tenable pour les bénévoles.

En quoi est-ce un problème ? Qu’est-ce que cela produit ?

Je me garderai d’avancer des jugements moraux. Mais cela change beaucoup de choses. Historiquement, le football s’est construit sur l’échelle des villes et villages et celle des quartiers dans les grandes métropoles. C’est une rupture nette. Au total, entre 2012 et 2 026 50 2019, en métropole, 1 800 clubs ont disparu sur un total de 13 110. Ce sont donc des milliers de clubs effacés, particulièrement dans les territoires les moins denses, des milliers de stades et de buvettes devenues désertes. Ces lieux où l’on se rencontre, se dispute, où nous vivons, où le commun et les particularités se créent et s’entretiennent.

« Une joueuse domiciliée dans un autre département fait près de 100 kilomètres (aller-retour) de routes de montagne dangereuses pour venir jouer. »

Autres points à prendre en compte, les fusions amènent la gestion de plus grosses structures. La relation avec les institutions s’est éloignée, est devenue désincarnée. C’est une gestion quasi professionnelle. En Matheysine, nous observions une nette représentation des personnes les plus diplômées, des cadres et des professions intermédiaires dans les bureaux de clubs issus de fusions. Ces classes maîtrisent mieux les savoir-faire et les attentes des institutions où la même surreprésentation se produit. Changement majeur. Les clubs de football étaient ces lieux accessibles aux classes populaires pour « produire une image sociale exportable d’eux-mêmes »2.

Cela est moins le cas. Des formes de dominations et de marginalisation se reproduisent. Enfin, si la qualité de l’encadrement s’est professionnalisée, les adhérent·es et bénévoles se voient contraint·es de se déplacer sur plusieurs dizaines de kilomètres parfois. Les pratiquant·es d’un club étudié provenaient de 54 communes différentes. Une joueuse domiciliée dans un autre département fait près de 100 kilomètres (aller-retour) de routes de montagne dangereuses pour venir jouer. La pratique se voit conditionnée à la capacité matérielle de se déplacer, même si la solidarité prend le relais autant qu’elle le peut avec des covoiturages.

Des initiatives pour sauver les clubs ruraux « C’est beau de voir un club se créer dans une période où la plupart meurent », s’enthousiasme Enzo Togni dans le journal l’Equipe. Avec des amis il a fondé en 2024 le FC savérien, premier club de l’histoire de La Sauvetat-de-Savères, bourg de 482 âmes du Lot-et-Garonne. Parti de zéro, le club ne joue qu’à l’extérieur, faute de stade, mais a tout misé sur une communication et des maillots travaillés, vendus à 350 unités. Comme lui, des élus·es et citoyen·nes tentent de raviver ces espaces de sport et d’échange très appréciés par les jeunes en ruralité. Des démarches encore compliquées, tant les budgets et résultats sont compliqués à trouver.

Pouvez-vous expliquer la notion d’« autochtonie » ?

Nous étions partis des analyses de Nicolas Rénahy sur le « capital autochtonie ». C’est-à-dire tous les avantages (matériels, symboliques…) que l’appartenance à un territoire et à des cercles sociaux localisés peut procurer. On a observé que les rares clubs qui ont pu conserver une échelle communale mettent en avant cette histoire pour se démarquer. Dans ces clubs, les dirigeant·es sont très majoritairement des ouvrier·es et des employé·es. Les épopées sportives, les figures du club, les images de la commune sont mises en lumière. En revanche, les clubs issus de fusion rencontrent plus de difficultés à piocher dans les histoires communales. Les clubs se concentrent sur des symboles un peu plus « communs » et moins clivants mais restent, pour les cas étudiés, ancrés dans un territoire. Pour ce cas, nous parlions « d’autochtonie fluidifiée ».

Comment permettre au football en milieu rural de « rester vivant et vécu » ?

Je crains que l’idée de « patrimoine » et de « sauvegarde » amène une volonté de « figer », « définir », « simplifier » et donc désincarner et exclure. L’essentiel me semble plutôt de garantir, de manière désintéressée, l’égalité, pour tous·tes les habitant ·es, d’accéder à la pratique et aux pouvoirs locaux (dont le club de football fait partie). C’est cela qui est mis en difficulté. Or, il me semble que plus le football et ses clubs seront des espaces démocratiques enracinés et accessibles, plus un territoire sera robuste.

1 | Avanza, M. et Laferté, G. « Dépasser la “ construction des identités ” ? Identification, image sociale, appartenance ». Revue Genèses, 2005.

2 | Chamboredon Jean-Claude. Une sociologie de la petite enfance. Espaces Temps. 1985

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Les clubs de foot fusionnent, la ruralité « perd des espaces démocratiques locaux et accessibles »

Comment l’évolution des clubs de football influence les espaces ruraux et inversement ? Dans un travail sociohistorique, Williams Nuytens, professeur d’université et Gabriel Dubois, chercheur affilié à l’Université d’Artois, creusent un sujet peu visible dans le monde académique à travers les clubs de foot amateurs de la Matheysine, en Isère.

Pourquoi avoir choisi la Matheysine pour étudier l’évolution du football dans les espaces ruraux ?

Estce que c’est un cas d’école ? Oui, c’est un territoire de moyenne montagne à la fois très proche d’une métropole (Grenoble) et enclavé, qui a surtout su se construire en « pays ». C’est-à-dire que les activités économiques et sociales se font sur son territoire. Ce qui est moins vrai désormais mais toujours présent. La Matheysine a traversé le XXe siècle en se consacrant à l’exploitation des mines de charbon.

« Le football, en France, s’est implanté dans ces régions industrielles mais aussi dans les villages ruraux à la sortie de la Première Guerre mondiale. »

C’est un bon exemple des territoires ruraux industriels qui a dû encaisser l’ensemble des contraintes politiques et économiques du libéralisme et de la mondialisation. Le football, en France, s’est implanté dans ces régions industrielles mais aussi dans les villages ruraux à la sortie de la Première Guerre mondiale. Ce qui est le cas en Matheysine où le premier club est créé en 1920 par un mutilé de guerre. Nous savions qu’il y avait eu des processus marqués de fusions et de disparition de clubs à partir des années 1990. Nous n’en savions pas beaucoup plus au départ, avant notre enquête.

Comment l’histoire des milieux ruraux se révèle-t-elle à travers l’évolution du football amateur ?

Les clubs de football sont des lieux où les travailleur·euses se rencontrent, s’associent et se confrontent sur un terrain de jeu symbolique. Ce sont des lieux populaires mais aussi trans-classes. Les clubs de football à la fois reflètent et créent des moyens d’identification et d’appartenance1. Tout en ayant une certaine autonomie, ils sont forcés de composer avec les contraintes locales, nationales et même internationales. Typiquement, en Matheysine, les premiers clubs se sont créés dans les bassins d’emplois puis se sont rapidement étendus à de plus petits villages en suivant la voie de chemin de fer.

« Des milliers de stades et de buvettes sont devenus déserts »

Cet « âge d’or » du football local coïncide avec celui de l’industrie du charbon et de la capacité de circulation après la Seconde Guerre mondiale. L’interconnexion des villages s’est alors renforcée, est devenue plus rapide. La diffusion du football et les déplacements pour les matchs se sont facilités. Le déclin puis l’arrêt des mines de charbon n’ont pas fait disparaître le football. L’industrialisation, les cultures locales, l’immigration, les fermetures d’usine, les déstructurations des groupes sociaux et des territoires, les recompositions. Tout cela est visible dans un club de football.

Comment expliquer la fusion des clubs de foot en milieu rural ?

Les causes sont vraiment multiples. Il y a un lien direct avec les disparitions des industries et des principaux bassins d’emploi. Financièrement, les clubs ont toujours vécu en partie à travers des donations privées de ces entreprises. Les pouvoirs publics, la fédération n’ont jamais été capables de compenser ces pertes. Les bénévoles ont dû redoubler d’efforts pour organiser des évènements (loto, vide-grenier, tournoi…) pour remplir les caisses.

Entre 2012 et 2019, 1 800 clubs ont disparu en métropole

En plus de cela, les subventions publiques sont devenues conditionnées. Les associations sont vues par ces pouvoirs comme des lieux d’application de politiques publiques. Dans de nombreux cas, des dossiers complexes doivent être remplis afin d’obtenir des subventions. Comme si cela ne suff isait pas, la Fédération française de football a entamé un virage professionnalisant, renforçant les normes pour les infrastructures et les exigences d’encadrement pour les clubs amateurs. Les manquements amènent à des amendes.

La fusion des clubs réduisent les espaces de sociabilités. – Archives Football Club Sud Isère

L’augmentation des mobilités quotidiennes liées au travail, aux courses ou aux services amène ensuite la plupart des habitant·es à faire des heures de voiture. En Matheysine, près de la moitié de la population active travaille dans l’aire grenobloise. Si, jusque dans les années 70-80, il était courant pour les habitant·es que les lieux de travail, de loisirs et de vie soient situés dans la même commune ou dans des communes limitrophes, ce n’est plus le cas. Associés à la montée en puissance des intercommunalités, c’est-à-dire aux pertes de pouvoir des communes, les clubs ont été contraints de fusionner. Pour répondre à toutes ces exigences, ils sont devenus des structures très professionnelles et cela n’était parfois plus tenable pour les bénévoles.

En quoi est-ce un problème ? Qu’est-ce que cela produit ?

Je me garderai d’avancer des jugements moraux. Mais cela change beaucoup de choses. Historiquement, le football s’est construit sur l’échelle des villes et villages et celle des quartiers dans les grandes métropoles. C’est une rupture nette. Au total, entre 2012 et 2 026 50 2019, en métropole, 1 800 clubs ont disparu sur un total de 13 110. Ce sont donc des milliers de clubs effacés, particulièrement dans les territoires les moins denses, des milliers de stades et de buvettes devenues désertes. Ces lieux où l’on se rencontre, se dispute, où nous vivons, où le commun et les particularités se créent et s’entretiennent.

« Une joueuse domiciliée dans un autre département fait près de 100 kilomètres (aller-retour) de routes de montagne dangereuses pour venir jouer. »

Autres points à prendre en compte, les fusions amènent la gestion de plus grosses structures. La relation avec les institutions s’est éloignée, est devenue désincarnée. C’est une gestion quasi professionnelle. En Matheysine, nous observions une nette représentation des personnes les plus diplômées, des cadres et des professions intermédiaires dans les bureaux de clubs issus de fusions. Ces classes maîtrisent mieux les savoir-faire et les attentes des institutions où la même surreprésentation se produit. Changement majeur. Les clubs de football étaient ces lieux accessibles aux classes populaires pour « produire une image sociale exportable d’eux-mêmes »2.

Cela est moins le cas. Des formes de dominations et de marginalisation se reproduisent. Enfin, si la qualité de l’encadrement s’est professionnalisée, les adhérent·es et bénévoles se voient contraint·es de se déplacer sur plusieurs dizaines de kilomètres parfois. Les pratiquant·es d’un club étudié provenaient de 54 communes différentes. Une joueuse domiciliée dans un autre département fait près de 100 kilomètres (aller-retour) de routes de montagne dangereuses pour venir jouer. La pratique se voit conditionnée à la capacité matérielle de se déplacer, même si la solidarité prend le relais autant qu’elle le peut avec des covoiturages.

Des initiatives pour sauver les clubs ruraux « C’est beau de voir un club se créer dans une période où la plupart meurent », s’enthousiasme Enzo Togni dans le journal l’Equipe. Avec des amis il a fondé en 2024 le FC savérien, premier club de l’histoire de La Sauvetat-de-Savères, bourg de 482 âmes du Lot-et-Garonne. Parti de zéro, le club ne joue qu’à l’extérieur, faute de stade, mais a tout misé sur une communication et des maillots travaillés, vendus à 350 unités. Comme lui, des élus·es et citoyen·nes tentent de raviver ces espaces de sport et d’échange très appréciés par les jeunes en ruralité. Des démarches encore compliquées, tant les budgets et résultats sont compliqués à trouver.

Pouvez-vous expliquer la notion d’« autochtonie » ?

Nous étions partis des analyses de Nicolas Rénahy sur le « capital autochtonie ». C’est-à-dire tous les avantages (matériels, symboliques…) que l’appartenance à un territoire et à des cercles sociaux localisés peut procurer. On a observé que les rares clubs qui ont pu conserver une échelle communale mettent en avant cette histoire pour se démarquer. Dans ces clubs, les dirigeant·es sont très majoritairement des ouvrier·es et des employé·es. Les épopées sportives, les figures du club, les images de la commune sont mises en lumière. En revanche, les clubs issus de fusion rencontrent plus de difficultés à piocher dans les histoires communales. Les clubs se concentrent sur des symboles un peu plus « communs » et moins clivants mais restent, pour les cas étudiés, ancrés dans un territoire. Pour ce cas, nous parlions « d’autochtonie fluidifiée ».

Comment permettre au football en milieu rural de « rester vivant et vécu » ?

Je crains que l’idée de « patrimoine » et de « sauvegarde » amène une volonté de « figer », « définir », « simplifier » et donc désincarner et exclure. L’essentiel me semble plutôt de garantir, de manière désintéressée, l’égalité, pour tous·tes les habitant ·es, d’accéder à la pratique et aux pouvoirs locaux (dont le club de football fait partie). C’est cela qui est mis en difficulté. Or, il me semble que plus le football et ses clubs seront des espaces démocratiques enracinés et accessibles, plus un territoire sera robuste.

1 | Avanza, M. et Laferté, G. « Dépasser la “ construction des identités ” ? Identification, image sociale, appartenance ». Revue Genèses, 2005.

2 | Chamboredon Jean-Claude. Une sociologie de la petite enfance. Espaces Temps. 1985

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ANALYSES

Philippe Dessertine à Bordeaux : l’audace tranquille de la raison – Au fil de l’eau

parce qu’il sait que la France commence toujours par ses communes. Bordeaux mérite un maire qui libère au lieu de corseter. La Gironde mérite Philippe Dessertine. Il y a des mots qui paraissent techniques et qui, en réalité, décident de … LIRE LA SUITE
RURALITE

Elections municipales : coup d’accélérateur pour la mobilisation locale ?

Avant, pendant et après les élections municipales de 2026, une multitude d’associations, de collectifs et de citoyen·nes se mobilisent partout sur le territoire. Idées, initiatives, témoignages et nouvelles formes de participation ; dans le dossier du numéro 511 partez à la découverte de ces mouvements qui ont irrigué les territoires ruraux.

Première édition de l’Assemblée citoyenne et populaire de Poitiers. – Fréquence Commune

Au sommaire de ce dossier de 40 pages :

Municipales : les campagnes en campagne

Les élections municipales se jouent en grande majorité dans les territoires ruraux à partir d’enjeux locaux. Des évolutions sociologiques des maires aux priorités politiques, tour d’horizon d’une élection pas comme les autres.

Élue en ville ou dans un village, un même titre, deux réalités

Charlotte Dementhon, élue et membre de l’association d’éducation populaire Entre-autres, livre son témoignage sur son expérience croisée en tant qu’élue dans un village et candidate dans une ville.

La personnalisation du maire en question

Alors que l’on s’en remet de plus en plus à lui ou elle au niveau de la commune, quel est le portrait-robot du maire en France ?

Ville de Nevers / Flickr

Maire dans les volcans d’Auvergne : une véritable « formation de terrain »

Dans le Puy-de-Dôme, Olby compte 857 habitant·es, emploie onze agent·es et 15 élu·es forment son conseil municipal, dont Samuel Gauthier qui partage son point de vue sur six années en tant que maire, fonction « couteau suisse ».

Redouté ou critiqué, qu’est-ce que change le nouveau mode de scrutin dans les villages ?

C’est un petit changement qui peut avoir de grandes conséquences. Pour la première fois depuis le XIXe siècle, les communes de moins de 1 000 habitant·es sont mises au même régime que les grandes villes. Décryptage.

Les municipales, un festival de propositions

Les élections municipales sont l’occasion de mettre en avant des enjeux souvent peu visibles dans les débats. Écologie, alimentation, agriculture… Les organisations engagées en profitent pour rendre public des travaux d’évaluation ainsi que des recommandations. Petit florilège en trois exemples de la diversité des campagnes de mobilisation.

Carnets de campagne : remettre le local au menu du jour ?

À l’occasion des élections municipales de mars 2026, Terre de liens lance pour la première fois une campagne nationale de mobilisation à destination des candidat·es aux élections locales et du grand public. L’objectif ? Faire des politiques alimentaires locales une priorité de ce rendez-vous démocratique.

Listes participatives et initiatives citoyennes : où en est-on ?

Les initiatives participatives et citoyennes avaient fait une entrée fracassante dans les élections municipales de 2020. Six ans après, que reste-t-il de ce mouvement ?

« Face à l’extrême droite, périr ou s’unir ? »

Depuis 2022, l’association Chrétiens dans le monde rural (CMR) s’engage pour comprendre et freiner la montée de l’extrême droite. Porté par la foi et ses valeurs d’accueil, le mouvement espère faire des municipales une opportunité de mise en réseau.

Des villes et villages refuges en cas de victoire du RN en 2027

Dans un contexte marqué par la montée du Rassemblement national, des candidat·es aux municipales s’engagent à transformer leur commune en refuge pour les exilé·es.

Élu·es, formez-vous !

En France, être maire ce n’est pas un métier. Malgré toutes les offres d’accompagnement et les compétences exigées qui s’étendent, les élu·es ont donc encore très peu recours à la formation.

Erquinghem-le-Sec France, 8 mai 2020. Julie Sebadelha/Flickr

« Village Academy », l’initiative pour muscler la gauche en campagne

L’activiste Lumir Lapray s’est engagée avec le collectif Victoires populaires pour permettre à la gauche de gagner le plus de petites villes et villages possibles aux municipales. Décryptage.

Les groupes Facebook s’invitent dans les municipales

On s’y plaint des chiens errants ou de la météo, les groupes Facebook à l’échelle des communes ont essaimé en France depuis dix ans. Leur modérateur·rices s’invitent désormais dans l’équation des élections municipales.

Des municipalités coprésidées par des binômes femme/ homme : l’exemple kurde

L’histoire et l’actualité d’expérimentations issues du municipaliste libertaire menées par des mouvements kurdes en Syrie et en Turquie nous permettent d’avoir un autre regard sur le pouvoir local. À partir des explications de Tony Rublon, géographe membre du laboratoire Migrinter à Poitiers et président de l’association Amitiés Kurdes de Bretagne, nous vous proposons une exploration de ces initiatives inspirantes.

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