En Gironde, la lamproie marine est en danger. Une vidéo de Sud Ouest montre des opérations de capture et de transfert pour aider ce poisson migrateur à se reproduire. Derrière ces images, un vaste plan de sauvegarde est mené depuis plusieurs années sur le bassin Garonne-Dordogne. Mais derrière ce plan se dresse aussi une opposition entre le monde de la pêche professionnelle et les associations de protection des milieux aquatiques et de leurs habitants.
Une vidéo qui montre la course contre la montre pour sauver la lamproie
Début avril 2026, une opération de grande envergure a été menée : 147 poissons migrateurs ont été capturés dans les eaux girondines pour être transportés et relâchés 200 km plus loin, dans le Lot. L’objectif de ce transfert massif est d’offrir aux lamproies un sanctuaire pour leur reproduction, loin de leur principal prédateur : le silure.
Pourquoi la lamproie doit être aidée ?
La lamproie marine est un poisson migrateur ancestral ( voir notre article sur la lamproie). Chaque année, elle quitte la mer pour remonter les fleuves et frayer en eau douce. Mais aujourd’hui, son parcours est semé d’embûches. Barrages, seuils, baisse des débits, dégradation des habitats et prédation compliquent fortement sa remontée. Résultat : les populations reculent sur plusieurs secteurs du bassin Garonne-Dordogne. C’est l’un des derniers grands bastions français de l’espèce.
Face à cette urgence, les autorités ont lancé de nouvelles opérations de translocation de géniteurs en 2025. Concrètement, des lamproies adultes sont capturées puis relâchées plus haut dans les cours d’eau pour contourner les obstacles artificiels. Selon les arrêtés préfectoraux jusqu’à 17 945 lamproies marines pouvaient être transférées entre janvier et mai 2025 sur la Garonne, la Dordogne et le Ciron. Ces opérations visent les secteurs où la reproduction reste possible et où les habitats sont favorables.
Les lamproies marine et fluviale sont classées en « danger », mais les observations de ces dernières années montrent qu’elles devraient être plutôt classées en « danger critique » d’extinction.
Des résultats jugés encourageants
Les bilans des campagnes précédentes, menées entre 2021 et 2023, ont montré plusieurs signaux positifs. Les suivis ont relevé davantage de nids de ponte ainsi qu’une hausse du nombre de larves observées après les transferts. Autrement dit, déplacer les reproducteurs semble produire des effets concrets. Même si cette solution ne règle pas tout, elle permet de gagner du temps. Des actions qui ne font néanmoins pas l’unanimité de certaines associations qui contestent ce type de solution. Saisissant les tribunaux pour les faire annuler ( voir notre article). Mais leurs arguments n’ont pas convaincu le juge
« Il résulte notamment du bilan des transferts de lamproies 2021, 2022 et 2023, que les résultats de ces opérations révèlent une augmentation du nombre de nids de lamproies et du nombre d’ammocètes échantillonnées sur une zone indemne de silures. Ainsi, il n’est pas sérieusement contesté que la mise en œuvre de transferts de géniteurs de lamproies sur des zones de frayères indemnes de silures, qui augmente significativement les taux de reproduction de la lamproie marine, est indispensable pour le soutien de cette population » – le juge des référés du tribunal administratif de Bordeaux ( source : Connaped ).
Le rôle du silure dans le débat
Autre sujet sensible : la présence du Silure glane. Ce grand prédateur opportuniste est souvent cité comme une menace supplémentaire pour les lamproies adultes lors de leur migration. Certaines zones de transfert sont donc choisies pour limiter ce risque.

Une mobilisation qui continue en 2026
En 2026, les images diffusées en Gironde prouvent que ces actions se poursuivent. Les associations comme MIGADO continuent également le suivi scientifique des poissons migrateurs sur le bassin. Cela montre que la sauvegarde de la lamproie n’est plus une mesure ponctuelle, mais un travail de fond.
Sauver la lamproie en Gironde, un enjeu patrimonial
Au-delà de la biodiversité, la lamproie fait partie de l’histoire locale et de la culture gastronomique régionale. La sauver, c’est donc préserver une espèce rare, mais aussi une part du patrimoine aquitain.
Cet article est paru en premier sur LE CHASSEUR FRANCAIS