Le Rut du Chevreuil : Comprendre la période de reproduction du brocard

S’il est une période qui métamorphose littéralement nos forêts et campagnes en été, c’est bien celle du rut du chevreuil. Étape cruciale du cycle biologique de l’espèce, cette phase de reproduction modifie radicalement le comportement des animaux, offrant aux passionnés de nature, photographes et chasseurs à l’approche des scènes d’une intensité rare. De la parade amoureuse aux fameux « ronds de sorcières », découvrez tout ce qu’il faut savoir sur la biologie et les habitudes du chevreuil pendant le rut.

Quand a lieu le rut du chevreuil ?

Contrairement à la majorité des grands cervidés européens (comme le cerf élaphe ou le daim) qui se reproduisent à l’automne, le chevreuil a la particularité de s’accoupler en plein cœur de l’été.

La période du rut s’étend généralement de la mi-juillet à la mi-août, avec un pic d’activité souvent observé entre le 25 juillet et le 5 août. Cependant, ce calendrier n’est pas une science exacte et dépend fortement des conditions météorologiques :

  • Le climat idéal : Les journées lourdes, chaudes et orageuses sont connues pour déclencher et intensifier l’activité reproductrice.
  • Le blocage thermique : À l’inverse, des températures caniculaires extrêmes ou de fortes pluies continues peuvent freiner les ardeurs des brocards, qui préféreront rester remisés au frais en attendant des conditions plus clémentes.

Le comportement fascinant du brocard en rut

Habituellement méfiant, discret et plutôt nocturne ou crépusculaire, le brocard (le mâle) change drastiquement d’attitude sous l’effet de la testostérone.

Une quête frénétique et une baisse de vigilance

Totalement obnubilé par la recherche de chevrettes (les femelles) réceptives, le brocard devient beaucoup plus actif en pleine journée. Il parcourt son territoire de long en large, le nez au sol à la recherche des phéromones laissées par les femelles. Cette frénésie lui fait souvent perdre sa légendaire prudence, le rendant plus vulnérable aux prédateurs et plus facile à observer pour les humains.

Les courses-poursuites et les « ronds de sorcières »

Lorsqu’un mâle trouve une femelle en chaleur, la parade nuptiale prend la forme d’une course-poursuite incessante. La chevrette cherche à fuir le mâle en effectuant des cercles serrés ou des huits autour d’un obstacle naturel (un buisson, un gros rocher ou un arbre).

Ces courses répétées finissent par piétiner complètement la végétation et creuser le sol de manière très visible. C’est ce que les observateurs de la faune appellent les « ronds de sorcières ». Repérer ces traces fraîches en forêt est l’indicateur absolu que le rut bat son plein sur votre territoire.

Le miracle biologique : la diapause embryonnaire

L’une des plus grandes singularités du chevreuil réside dans son cycle de gestation. Comment un accouplement en plein mois d’août peut-il donner lieu à des naissances en mai ou juin de l’année suivante, soit près de 10 mois plus tard ?

La réponse réside dans un phénomène naturel fascinant appelé la gestation différée (ou diapause embryonnaire). Après la fécondation estivale, l’œuf se divise quelques fois puis stoppe net son développement. Il reste « en sommeil » dans l’utérus de la chevrette pendant près de cinq mois (jusqu’en décembre ou janvier). Ce n’est qu’au cœur de l’hiver que l’embryon se fixe à la paroi utérine et reprend son développement normal pour une durée de cinq mois supplémentaires. Cette stratégie biologique brillante permet aux faons de naître au printemps, à la période où la nourriture est la plus abondante et le climat le plus favorable à leur survie.

Comment observer et approcher le chevreuil pendant le rut ?

Pour les chasseurs estivaux ou les photographes animaliers, le rut est la période idéale pour réaliser de belles approches, à condition de maîtriser quelques techniques :

  • L’utilisation de l’appeau : C’est la technique reine du mois d’août. L’utilisation d’un appeau (comme le célèbre modèle Buttolo) permet d’imiter le « piaillement » (le cri d’appel) de la chevrette en chaleur ou le cri d’un faon en détresse. Un brocard à la recherche d’une femelle réagira souvent de manière fulgurante à ce son, venant parfois presque au contact de l’observateur.

  • La gestion du vent : Même si le brocard est moins attentif à son environnement visuel pendant le rut, son odorat reste infaillible. Toute approche ou séance d’affût doit obligatoirement se faire à bon vent.
  • La patience en lisière : Les lisières de bois, les prairies bordées de haies et les parcelles de régénération sont les postes d’observation à privilégier au petit matin ou en fin de journée.
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