
Aux États-Unis, le sanglier sauvage est devenu un véritable fléau écologique et agricole. Longtemps limité à certaines régions rurales du Sud, le phénomène a pris une ampleur spectaculaire au cours des dernières décennies. Aujourd’hui, les autorités américaines estiment que plus de 6 millions de sangliers sont présents sur le territoire, répartis dans au moins 35 États. Chaque année, les dégâts causés à l’agriculture, aux infrastructures et aux milieux naturels dépasseraient les 2,5 milliards de dollars. La Géorgie figure parmi les États les plus touchés. Selon les estimations locales, près de 600 000 sangliers y seraient désormais installés. À eux seuls, ils provoqueraient plus de 150 millions de dollars de pertes agricoles annuelles. Champs de maïs ravagés, pâturages détruits, zones humides retournées, clôtures arrachées, des dégâts considérables. Mais l’impact ne s’arrête pas là. Les sangliers sauvages sont également accusés de transmettre des parasites et des maladies, tout en exerçant une forte pression sur la faune locale, notamment les faons de cerfs, les oiseaux nichant au sol et même les œufs de tortues marines sur certaines zones côtières. Face à une situation jugée incontrôlable avec les méthodes classiques, l’État de Géorgie vient de franchir une étape majeure dans sa politique de régulation. Le gouverneur Brian Kemp a signé la House Bill 946, une nouvelle loi qui assouplit considérablement les moyens de lutte contre cette espèce invasive.
La Géorgie mise désormais sur les drones thermiques
La mesure la plus commentée concerne l’autorisation officielle d’utiliser des drones pour localiser et suivre les compagnies de sangliers. Grâce aux caméras thermiques, les propriétaires terriens et les chasseurs pourront désormais repérer les animaux de nuit ou dans des zones très denses difficilement accessibles à pied. Pour les autorités locales, cette évolution technologique répond à une réalité de terrain car le sanglier est particulièrement intelligent et adapte rapidement ses déplacements à la pression de chasse. Une fois dérangés, les animaux deviennent essentiellement nocturnes et se réfugient dans des secteurs marécageux ou boisés où ils sont extrêmement difficiles à approcher. L’utilisation des drones représente donc un véritable “multiplicateur d’efficacité” dans la détection des animaux avant les opérations de régulation
Des règles de chasse et de piégeage fortement assouplies
La House Bill 946 ne se limite pas aux drones. La Géorgie a également décidé de simplifier le piégeage des sangliers en supprimant l’obligation de détenir une licence spécifique, à condition que les animaux capturés soient euthanasiés immédiatement. Autre évolution importante, cette loi ouvre désormais la possibilité de tirer depuis des véhicules motorisés sur des propriétés privées. Une pratique très encadrée en Europe mais qui, dans plusieurs États américains, est considérée comme un outil supplémentaire dans la lutte contre les espèces invasives. Pour les autorités géorgiennes, l’objectif est clair : réduire au maximum les contraintes administratives afin de permettre une réaction plus rapide des propriétaires et des gestionnaires de territoires.
Une approche américaine de plus en plus radicale
Cette décision illustre l’évolution de la gestion du sanglier aux États-Unis. Contrairement à l’Europe, où l’animal reste souvent considéré comme un gibier patrimonial, les États américains touchés le voient désormais avant tout comme une espèce invasive destructrice.
Le problème est aggravé par la capacité de reproduction exceptionnelle du sanglier. Dans certaines régions, les populations peuvent ainsi augmenter de près de 20 % par an malgré une forte pression de chasse. Pour les responsables américains, l’objectif n’est donc plus seulement de limiter les dégâts, mais bien de tenter de reprendre le contrôle d’une espèce devenue extrêmement difficile à contenir. En légalisant les drones thermiques et en simplifiant les opérations de régulation, la Géorgie assume désormais une stratégie offensive qui pourrait inspirer d’autres États dans les années à venir.